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Il y a des phantomes d’auteurs, des phantomes d’ouvrages.
9 avril.
J.-J. Rousseau eut son talent dans ses humeurs : tant que rien ne les remua, il fut médiocre. Tout ce qui le rendoit sage le rendoit un homme vulgaire. Fénelon, Platon, au contraire. Et voilà pourquoi Rousseau n’est pas sublime : son génie étoit tout entier dans ses folies, il n’en avoit aucun dans sa raison.
Fontanes. Son goût est sain, et même exquis; mais il n’est pas stable.
Il y a des hommes qui ont le génie dans le corps, d’autres qui ne l’ont que dans l’âme.
Otez sa bile à Juvénal et à Virgile sa sagesse, vous aurez deux mauvais auteurs.
L’enthousiasme et la verve sont deux qualités différentes : la verve remuë et l’enthousiasme émeut.
Après l’enthousiasme, la verve est ce qu’il y a de meilleur pour l’inspiration.
Boileau eut de la verve, Lafontaine un perpétuel enthousiasme. Horace eut de la verve, Aristophane aussi. Ménandre et Virgile eurent le plus doux et le plus exquis enthousiasme qui fut jamais.
J. B. Rousseau eut plus de verve que Chaulieu. Chaulieu eut plus d’enthousiasme que Rousseau. Malherbe eut autant d’enthousiasme que de verve.
R—c—n eut de la raison et du goût éminemment. Dans ses ouvrages, tout est de choix, rien de nécessité; et c’est là ce qui constitué son excellence.
Molière est comique de sangfroid. Il fait rire et il ne rit pas. C’est là ce qui le rend un grand comique.
Il faut que l’auteur comique et le tragique se maintiennent méditatifs, celui-ci pour être égal à son ouvrage et celui là pour être supérieur au sien.
10 avril.
« Sa folie n’est pas une maladie du cerveau (dit très bien Geoffroy en parlant des fureurs d’Oreste), c’est une maladie de l’âme. » Disons donc que, si Montfleury se tua en jouant ce rôle, c’est qu’il le joua mal. Il mit le corps à la place de l’âme.
Transiit benefaciendo : le bel éloge! — Et tous ces jeunes démagogues qui ont passé en fesant le mal! — Infortunés!
On lit dans le Publiciste de ce jour (article Spectacles, Andromaque) : « Les sentiments justes, c’est à dire ceux qui ont une sanction morale, sont les seuls qui fassent une impression durable. » Ainsi voilà le Publiciste qui parle comme M. de Bonald.
La force n’est pas l’énergie. Quelques auteurs ont plus de muscles que de talens.
— et montrer, même dans les traits du personnage, la destinée qui l’attend, comme on prévoit le sacrifice jusques dans l’arrangement des fleurs dont la victime est couronnée. Le même rédacteur (M. F.) a fort bien observé qu’Homère a fait pressentir toutes les douleurs de la vie d’Andromaque dans la tendresse de ses adieux, au départ d’Hector pour le combat.
Un visage sans traits, un livre dont rien ne peut être cité.