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← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume II
YEAR 1807

Mercredi 1ᵉʳ avril.

Les têtes où il y a de la lumière, les esprits qui ont du mouvement, les âmes où il y a du goût.

Les antres, les cavernes, les souterrains n’entrent point dans les paysages du poème épique; et tout ce qui ressemble au jeu de nos acteurs messiéroît au maintien de ses personnages. Il faut en bannir avec soin tout appareil trop combiné, trop fastueux et s’y interdire également les attitudes et les décorations du théâtre.

Et il y a des têtes où, au lieu de lumière, il y a du feu et de la chaleur; des esprits où il y a de l’agitation et de l’inquiétude au lieu de mouvement; des âmes enfin qui ont plus de faim ou d’appétit que de goût.

Dans d’autres, il y a perception sans clarté, sans chaleur, sans mouvement, sans sentiment; et action sans émotion.

Se faire un dictionnaire (de mots, de phrazes, de tournures), première et difficile opération! Ch—D—Z—y a réussi, et n’ira pas plus loin. Y a plus de goût que de scavoir. Ω a du goût, de l’esprit et du scavoir. Mlle P n’a que de l’esprit et le grand Pr n’aspire qu’à l’orthodoxie en style et en opinions littéraires. Il cite les traditions, etc.

Il y a des esprits machines, et qui digèrent ce qu’ils aprennent comme le canard de Vaucanson digèroit les alimens. Digestion méchanique et qui ne nourrit pas; digestion qui n’a pour symptômes et pour effet que des déjections grossières.

Idée et pensée. La pensée est du fait, l’idée est de la cause ou de l’affinité; la pensée ne produit que l’assertion, l’idée ouvre une perspective.

Donner de la vogue (par son impulsion) aux idées neuves et bonnes, les extraire et les exposer au grand jour, les étaler, les rappeller, les inculquer, leur donner cours : c’est là ce que doit faire soigneusement un bon journal. Sa plus utile fonction est d’être indicateur : qu’ils indiquent donc Rivarol.

Rivarol. O la belle matière que ce jeune homme avoit créée! et quelquefois le beau travail! Penseur et écrivain plus parfait en métaphysique que tous ses devanciers, grand moraliste par la seule rectitude de son esprit, éclairé par la vérité sur la bonté... Sa grâce vient en lui de sa seule imagination.

Il y a toujours du charme dans la grâce, parce qu’il y a toujours de l’homme charmé. Charmé, dis-je, de se sentir dans l’ordre, d’habiter le diapazon ou le cercle de l’harmonie. Car en existence, en morale, en littérature, il y a un diapazon comme en musique. Tout a son cercle. Il y a un horizon hors duquel l’imagination se déplaît; un autre hors duquel ne peuvent pas s’étendre les ondulations qui causent les sons agréables.

Caractériser les différences de l’ancienne et de la moderne critique. Et remarquons de plus, pour montrer l’indulgence de la critique ancienne, que Cicéron trouvoit les vers d’Aratus fort beaux. (Voy. Journal de l’Empire, 23 mars 1807.)

Les peintres disent qu’il y a des tableaux où il n’y a pas d’air. Nous avons aussi des poëmes à personnages où il n’y a pas de lieu, d’espace.

Il est impossible de chanter et de danser juste sans plaisir, tant l’observation de toute mesure véritable est naturellement agréable. Mais l’ordre moral est mesure et harmonie et il est impossible aussi de vivre bien sans un secret plaisir qui est très grand.

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