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3 février.
L’ingénieux. Une lumière qui sort de lui. L’inspiré a la tête au dessus des nuages. Les découvertes dans l’espace, et les rencontres dans le lieu.
Il y a telle pensée qui contient l’essence d’un livre tout entier; telle phraze qui a les beautés d’un vaste ouvrage; telle unité qui équivaut à un nombre; enfin telle simplicité si achevée et si parfaite qu’elle égale en mérite et en excellence une grande et glorieuse composition.
— Comme un peu de lumière vaut mieux que beaucoup d’éclat, un peu d’air que beaucoup de vapeurs, un peu d’eau que beaucoup de boue.
Fontanes — Colore en prose, sculpte en vers.
Il y a des pensées tellement fines ou tellement profondes qu’on ne les entend pas si on ne les revêt d’expression qui puissent, en les fixant dans la mémoire, les tenir en quelque sorte devant l’attention et lui donner le temps de les comprendre. Il faut donner à celles là plus de corps ou de figure ou de couleur qu’aux autres. (A refaire.)
Vices et vertus. Ce sont là les maux et les biens. Ce qui produit ceux-ci est un malheur, une calamité, un désastre, un vrai fléau. Ce qui produit les autres est un bonheur, une prospérité, un don du ciel.
4 février.
« Réunir les deux mondes », c’est à dire, donner du corps à ce qui n’en a pas et de l’esprit à ce qui en manque; enfin « animer » (pour l’esprit) tout ce qui peut l’être, etc. : fonction littéraire importante.
Esprits mal cultivés — et mal ensemencés. Le champ couvert de plantes vénéneuses — et qui se croit aussi fécond et aussi riche que le champ couvert de moissons. Ainsi : esprits ensemencés de fromens, ou ensemencés de poisons.
Regards trop perçans, ou qui, au lieu de s’arrêter à ce qu’ils considèrent, le percent et vont toujours au delà.
Esprits qui sont organisés, — ou disposés comme un instrument de musique, comme un orgue, comme une lyre. Tout ce qui sort d’eux est un son. Il y a d’autres esprits (et c’est le plus grand nombre) dont la solidité est plane. Rien n’y sonne et n’y retentit. Toutes les pensées qu’ils produisent ne sont semblables qu’à du bruit. Coup[…] de marteau sur une enclume ou sur du bois.
Et remarquez que cela est meilleur pour l’imagination et pour le bonheur, mais non pas pour les usages de la vie et de la société, car si on veut bâtir la boue vaut mieux que l’eau claire, si on a semé la vapeur vaut mieux que l’air pur, si on veut briller enfin l’éclat vaut mieux que la lumière.
A la vérité, pour la vie simple cela est autrement. Car boire est plus agréable et plus nécessaire que bâtir, respirer plus nécessaire que moissonner, voir enfin et être éclairé plus nécessaire et plus agréable aussi qu’être ébloui.
S’il arrivoit donc que ceux qui bâtissent troublassent les rivières et les fontaines, que ceux qui brillent altérassent toute clarté et que ceux qui labourent et qui sèment remplissent l’air de brouillards épais, il faudroit suspendre les arts. Et nous les suspendons innocemment, c’est à dire, sans leur nuire et sans nous nuire à nous même quand nous voulons les restreindre dans leurs limites et leur ôter cet excès d’audace qu’ils tiennent de leur puissance et cet excès de puissance qu’ils tiennent de l’opinion.
Les esprits purs (les anges par exemple) sont vivans et non pas animés. L’animation n’est qu’une demi-vie et l’animalité qu’une demi-création.
On peut dire qu’aucune foi (mais non pas que aucune opinion) ne gâte l’esprit.