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← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume II
YEAR 1805

Ils les roulent longtemps dans leur pensée, et les mots se sentent du lieu où ils ont séjourné.

Avec du sable on fait des glaces, de la chair avec des couleurs, de la musique avec des bruits d’où l’on a scu tirer des sons. On fait avec le marbre des édifices qui paroissent aëriens; avec de simples formes, on présente à l’esprit plus de solidités que tous les rochers de la terre entassés l’un sur l’autre ne pourroient paroître en avoir.

Les solides sont sur la terre. La solidité est en Dieu, c’est à dire dans son idée. C’est là que l’artiste la prend pour l’appliquer et l’attacher au linge et au papier quand il lui plaît.

Voyez ces statues que les Italiens figurent avec des serviettes et ces colonnes de carton, etc.

La poësie est fantastique. Elle l’est essentiellement, comme le sont tous les beaux arts. Et c’est pour cela qu’ils sont beaux. Car il n’y a de beau que l’idée.

Ah! l’âme est séparée du corps, et il y a quelque chose en elle qui ne dépend pas des organes.

Des formes régulières de la phraze. Car elle en a. Avec beaucoup d’attention, on pourroit les classer et en déterminer le nombre.

Il a pour le bon goût un zèle amer. Tout chamarré de disparates.

5 février.

Creuses? Oui, comme des formes.

— agréables à la mémoire plus qu’à la simple lecture qui ne les tient pas assés proches de la véritable attention.

Oui, tout ce qui étoit facile à dire a été bien dit. Le reste est notre affaire, ou notre tasche. Tasche pénible!

Les choses difficiles deviendront à leur tour aisées. — Porter du charme dans ce qu’on a approfondi; et faire entrer dans ces cavernes sombres où l’on n’a pénétré que depuis peu, la pure et ancienne clarté des siècles moins instruits, mais plus lumineux que le nôtre.

Toutes les manières de rappeller ces belles formes sont bonnes, et toutes les matières auxquelles on peut les appliquer ont (par ce seul mérite même d’en pouvoir être le subjet, le substratum) une suffisante utilité.

Mais « il faut scavoir lire, avant de les lire », les poètes.

Quand une fois on a goûté du suc des mots, l’esprit ne peut plus s’en passer. On y boit la pensée.

Ces mots où se boit la pensée, — pourquoi ne le dirois-je pas? Si on peut dire « boire des yeux », on peut le dire et certainement on l’a dit. Comme on a dit « manger des yeux » et « avaler des yeux ». — « Ils l’avalent des yeux, du doigt ils se le montrent », dit Lafontaine.

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