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Diotimos Library · Journals, Notebooks & Fragments Collection · Bilingual Edition

Joseph Joubert

The Notebooks of Joseph Joubert, Volume I

Complete Notebooks · French with an independent English translation.

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The Notebooks of Joseph Joubert, Volume IANNÉES 1779-1783 · Entry 50

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French Page · Branch 50 of 3781

ANNÉES 1779-1783 · Entry 50

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French

p. 99

III

— La nature bien ordonnée contemplée par l’homme bien ordonné, voilà le beau poétique.

— Il n’est presque point de philosophe qui ait de principes. Parcourés leurs écrits, vous verrés des vérités isolées, des ruines çà et là répandues d’un édifice dont on ne trouve aucune pierre fondamentale.

— O noble espèce humaine, combien d’années, de lustres et de siècles s’écouleront avant que tu touches au point au delà duquel est la perfection.

— Dardenne est mort. Quelle mort ! et quelle perte ! que d’erreurs il eût détruites, que de vérités il eût enseignées. Je mourrai peut-être à son âge, hélas et l’expérience de deux hommes de bien sera perduë pour leurs semblables.

— Je pense que l’homme qui n’auroit point de langue pour s’exprimer auroit moins d’idées et seroit attentif à un plus petit nombre de sensations. Sa mémoire et son imagination seroient moins riches...

— Il seroit utile de chercher si les formes que donne à son nid un oiseau qui n’a jamais vu de nid n’ont pas quelque analogie avec sa constitution intérieure.

Je serois porté à croire qu’il est des idées qui nous viennent de nos formes intérieures.

L’instinc dans tous les cas n’est-il pas les effets des impressions nécessaires que produisent certaines sensations ? N’est-il pas un pur méchanisme ?

La rapidité même avec [laquelle] nous agissons par ce qu’on nomme instinc ne nous permet [pas] de nous observer dans ce moment. Aussi l’instinc et la réflexion n’ont jamais les mêmes sujets. C’est peut-être pour cela que plus un animal est pourvu d’instinc moins il est pourvu de raison.

Les quadrupèdes ont plus d’esprit que les volatilles : ils ont un sens de plus dans le toucher ou du moins ce sens se développe plus en eux.

— Les reptiles doivent être les plus prudens des animaux. Leurs notions doivent être presque toujours claires et vraies. ils doivent avoir beaucoup d’ignorance et peu d’erreurs.

— Les poissons doivent être, comme les oiseaux de proye, fins et bornés.

— Le goût des Chinois est cérémonieux et bizarre comme eux. Comment un peuple qui connoît aussi peu le beau poétique pourroit-il connoître le beau moral ? Quand on vous dira qu’un peuple est scavant, examinés toujours à quel point il conoît le beau dans les arts si vous voulés scavoir s’il est grand et vertueux.

— L’architecture doit peindre les hommes en peignant les lieux. Il faut qu’un édifice annonce aux ïeux celui qui l’habite ; et les pierres, le marbre et le verre doivent parler et dire ce qu’ils nous cachent.

— Nos croisées, par leur forme et leur distribution, pourroient supléer aux effets des colonnes antiques et elles ont même un avantage de plus. Ces grandes croisées, ces glaces semblent annoncer deux choses très agréables, la lumière et le bon accueil.

— Dans l’orient où les hommes sont plus nombreux, on les traite comme on traite partout les productions viles et abondantes. On les consomme sans nécessité.

— En lisant l’histoire de tous les peuples, on est persuadé qu’ils doivent avoir une origine commune. Leurs erreurs religieuses frappent par leurs ressemblance[s]. Ou c’est un héritage funeste transmis par un peuple premier aux autres peuples ses enfans ; ou c’est une contagion apportée de proche en proche par les voyageurs de tous les païs.

— Nous ne nous apercevons pas que le charme des fables de Lafontaine est dans le choix de ses personnages... Ils ne demandent qu’à s’approcher de toi.

— La morale, cette science de se rendre heureux et juste, est de toutes peut-être la moins avancée. On ignore ses vrais fondemens au point que quelques philosophes qui pourtant croïoient que la vertu se prouve, puisqu’ils vouloient l’enseigner, la regardoient purement comme un sentiment inné. Il est bien vrai que nous avons en naissant la conscience secrète de notre destination ; il semble qu’il y ait en effet des idées qui ne nous viennent pas du dehors. Il y a des actions machinales. Et il ne seroit pas peu utile de chercher jusqu’à quel point elles ont de l’analogie avec ce moule intérieur si peu conu.

— Idée profonde et qui servoit comme de baze à un sistème qu’il méditait sur la législation. Idée importante et neuve qui découvre le vice de toutes les institutions politiques. Toutes ont sacrifié une partie de l’homme à l’autre et ne se sont pas moins opposées à son bonheur qu’à son achèvement. Au lieu de hâter et de conduire le développement de ses affections sociales, toutes les ont ou égarées ou perdues. Toutes l’ont empêché de croître, de s’élever et de s’étendre, comme ces arbres malheureux qu’on mutile dans tous leurs rameaux et qu’on ploïe avec effort en cent manières pour un usage qui ne dut pas être le leur.

L’homme n’est imparfait et méchant que parce qu’il a quelques passions et ne les a pas toutes. Ses passions ne sont mauvaises que lorsqu’elles sont détournées de l’objet fait pour elles ou qu’elles ne sont pas combinées les unes avec les autres dans leur proportion convenable.

Selon lui...

— En effet l’homme éclairé aïant des jouissances plus nombreuses, plus étendues et mieux dirigées que celles des autres hommes a plus qu’eux toute sa nature, comme celui qui a tous ses sens existe plus que celui qui n’en a qu’un ou deux.

Aussi il faisoit consister « le principe unique de la félicité d’un être » dans le dévelopement entier de toutes ses facultés.

— Chez les Romains par exemple l’amour de l’estime fut détourné de son objet véritable par la passion des conquêtes. A Lacédémone et à Carthage par la cupidité du lucre. L’amour des hommes étoit étouffé par le patriotisme.

— Ceux qui veulent tout ramener à l’égalité naturelle ont tort. Il n’y a point d’égalité naturelle. La force, l’industrie, la raison élèvent des différences entre les hommes à chaque pas. C’est le chef-d’œuvre de la raison humaine.

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The Notebooks of Joseph Joubert, Volume I: ANNÉES 1779-1783

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No individual date printed

III

— Nature well ordered, contemplated by man well ordered: that is poetic beauty.

— There is scarcely a philosopher who has principles. Go through their writings: you will see isolated truths, ruins scattered here and there from a building of which not a single foundation stone can be found.

— O noble human species, how many years, five-year spans, and centuries will pass before you reach the point beyond which lies perfection.

— Dardenne is dead. What a death! And what a loss! How many errors he would have destroyed, how many truths he would have taught. Perhaps I shall die at his age, alas, and the experience of two good men will be lost to their fellows.

— I think that a man with no language in which to express himself would have fewer ideas and would attend to a smaller number of sensations. His memory and imagination would be less rich...

— It would be useful to inquire whether the shapes a bird that has never seen a nest gives to its own nest have some analogy with its inner constitution.

I would be inclined to believe that there are ideas that come to us from our inner forms.

Is instinct not, in every case, the effects of the necessary impressions produced by certain sensations? Is it not pure mechanism?

The very speed with [which] we act through what is called instinct does [not] allow us to observe ourselves at that moment. And so instinct and reflection never have the same subjects. Perhaps that is why the more instinct an animal is endowed with, the less reason it is endowed with.

Quadrupeds have more intelligence than birds: in touch they have an additional sense, or at least that sense develops more in them.

— Reptiles must be the most prudent of animals. Their notions must almost always be clear and true; they must have much ignorance and few errors.

— Fish must be, like birds of prey, shrewd and limited.

— The taste of the Chinese is ceremonious and bizarre, like themselves. How could a people that knows so little of poetic beauty know moral beauty? When you are told that a people is learned, always examine how far it knows beauty in the arts if you wish to know whether it is great and virtuous.

— Architecture must portray men by portraying places. A building must announce to the eyes the one who inhabits it; and stone, marble, and glass must speak and tell us what they hide from us.

— Our windows, by their form and arrangement, could supply the effects of ancient columns, and they have one further advantage. Those great windows, those sheets of glass seem to announce two very agreeable things: light and a warm welcome.

— In the East, where men are more numerous, they are treated as cheap and abundant products are treated everywhere. They are consumed without necessity.

— In reading the history of all peoples, one becomes convinced that they must have a common origin. Their religious errors are striking in their resemblances. Either this is a fatal inheritance handed down by a first people to the other peoples, its children; or it is a contagion carried from place to place by travelers from every country.

— We do not notice that the charm of Lafontaine’s fables lies in the choice of his characters... They ask only to come near you.

— Morality, that science of making oneself happy and just, is perhaps the least advanced of all. Its true foundations are so little known that some philosophers, who nevertheless believed virtue could be demonstrated, since they wished to teach it, regarded it purely as an innate feeling. It is quite true that at birth we have a secret awareness of our destination; there do indeed seem to be ideas that do not come to us from outside. There are mechanical actions. And it would be of no small use to seek how far they have an analogy with that inner mold, so little known.

— A profound idea, which served as a kind of basis for a system of legislation he was contemplating. An important and new idea that reveals the defect in all political institutions. All have sacrificed one part of man to the other, and have opposed his happiness no less than his completion. Instead of hastening and guiding the development of his social affections, all have either led them astray or destroyed them; all have prevented him from growing, rising, and extending himself, like those unfortunate trees mutilated in all their branches and forcibly bent a hundred ways to a use that ought not to have been theirs.

Man is imperfect and wicked only because he has some passions and does not have them all. His passions are bad only when they are turned away from the object made for them or are not combined with one another in their fitting proportion.

According to him...

— Indeed, the enlightened man, having more numerous, more extensive, and better directed enjoyments than other men, possesses more of his whole nature than they do, just as someone who has all his senses exists more than someone who has only one or two.

And so he made “the sole principle of a being’s felicity” consist in the full development of all its faculties.

— Among the Romans, for example, the love of esteem was turned from its true object by the passion for conquest. At Lacedaemon and Carthage, by the greed for gain. Love of men was stifled by patriotism.

— Those who wish to bring everything back to natural equality are wrong. There is no natural equality. Strength, ingenuity, and reason establish differences between men at every step. It is the masterpiece of human reason.

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About This Reading Edition

Joubert’s notebooks return to the work of thinking and writing, the demands of friendship, and questions of faith, beauty and conduct. This edition pairs the French with a new English translation, preserving the order of the chosen source and the unfinished character of its fragments. Dates and source references allow readers to follow a thought through time or return to its printed context.

Historical Text and Translation

The French text follows André Beaunier’s 1938 edition of Les Carnets de Joseph Joubert, published by Gallimard from Joubert’s autograph manuscripts. Volume I presents the entries on printed pages 32–475. French and English are aligned paragraph by paragraph, retaining the source order, printed dates and page references so readers can return to the facsimile.

About Diotimos Editions

Diotimos Editions prepared this new English translation directly from the French, preserving Joubert’s distinctions, recurring images, ambiguities and unfinished thoughts. Translator’s notes clarify wording, references and uncertain readings: Essential keeps notes that help explain a passage, while All includes technical detail. Annotations from the 1938 source edition remain distinct from the new translator’s notes.

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The linked facsimile records identify the French source as public domain in the United States. The new English translation and editorial notes are © 2026 Diotimos, with source annotations and new editorial contributions credited separately. This edition pairs the complete French notebooks with an independent English translation, preserving the distinction between Joubert’s text and its accompanying notes.