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← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume I
YEAR 1797

24 avril.

L’âme est une faculté animante, déterminée à devenir et à subsister, une personnalité dès qu’une fois elle a contribué à quelque existence individuelle. — L’âme est l’homme, c’est-à-dire ce qui, dans la personnalité humaine aime, pense et existe toujours dès qu’une fois cela a existé.

La vie naît comme le feu, du frottement. L’humide et le feu ne sont point incompatibles.

La vie est répandue en tous lieux. L’espace entier en est rempli. Comme le feu elle s’allume, elle éclate et se fixe en devenant unie à l’individu, comme le feu quand il consume une chandelle.

25 avril.

Pourquoi me fatigué-je tant à parler? C’est que, lorsque je parle, une partie de mes fibres se met tant en exercice, tandis que l’autre demeure dans l’affaissement; celle qui agit supporte seule la peine et le poids de l’action dont elle est bientôt accablée. Comme il y a en moi une distribution inégale de forces, il y a dans toutes mes parties inégale distribution d’activité. De là fatigue totale lorsque ce qui étoit fort est fatigué, car alors la faiblesse est partout.

Par ce genre d’existence (avec des sens qui sont éteints et des forces qui diminuent) on tient plus à la vie à venir qu’à la vie présente, et on est malheureux si, ne pouvant plus vivre de celle-ci, on ne veut pas non plus vivre de l’autre. On cherche à retenir des biens qui fuyent avec des mains impuissantes à les saisir et on s’éloigne, on se détourne des biens qui viennent et se donnent pour ainsi dire eux-mêmes à nous, tant ils conviennent et sont assortis à notre faiblesse et exigent peu de force et de vie pour être goûtés. A cette époque de la vie, la mémoire qui est une faculté presque toute corporelle n’a presque plus aucun ressort et par un bienfait signalé la crédulité est extrême. Au lieu donc de chercher (comme on s’y obstine) à ranimer ses souvenirs ou à fortifier ses espérances, [lacune]... qu’à les nourrir, qu’à s’y livrer, qu’à s’y plonger, car c’est à cela seulement que nous sommes demeurés propres. Or les espérances à cet âge ne peuvent plus avoir pour objet, etc.

Quand les hommes sont imbéciles, celui qui est fol domine les autres.

29 avril.

Leurs conseils sont cités par les bouches humaines entre les plus fameux : et vains ils ont reçu des récompenses vaines et légères comme eux.

21 avril.

Le tombeau nous avale, mais il ne nous digère pas. Nous sommes consumés et non détruits.

Dieu a fait la vie pour être pratiquée (le monde pour être habité) et non pas pour être connue.

Qu’un homme doit être androgyne et réunir les deux natures; mais la femme doit être simple, c’est-à-dire n’avoir en soi qu’une nature.

Les pensées dont on peut dire : « Il y a du repos dans cette pensée. » Cette image est encourageante.

Notre chair n’est que notre pulpe. Nos os, nos membranes, nos nerfs ne sont que comme une charpente du noyau où nous sommes renfermés comme en un étui. C’est par exfoliations que cette enveloppe corporelle se dissipe, mais l’amande qu’elle contient, l’être invisible qu’elle enserre reste entier, est indestructible.

La contradiction ne nous irrite que parce qu’elle trouble la paisible possession où nous sommes de quelque opinion ou de quelque prééminence. Voilà pourquoi les faibles s’en irritent plus que les forts, et les infirmes plus que les sains.

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