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Nos amours et nos aversions sont deux grands ressorts dont la providence se sert.
6 avril.
L’utilité est la manifestation de la vérité contenue dans une opinion où nous ne scavons pas et souvent même nous ne pouvons pas la voir. 2° La clarté dans une opinion est la manifestation visible de la vérité. L’utilité en est la manifestation palpable.
L’utilité est un fruit de la vérité. Souvent l’arbre est caché, mais son fruit le décèle.
Mais, en abbandonnant ces religions, ne vous semble-t-il pas que la philosophie les a pillées? mais qu’elle ne leur a pris que ce qu’elles avoient de noir et de sombre, c’est-à-dire d’humain et d’épais. De là ces méditations sur les tombeaux, sur les ruines... Et observez que ces sortes de livres ont des lecteurs parce que les esprits accoutumés autrefois par les prêtres à ce genre d’impression reviennent aisément à cette partie de leurs premières habitudes dont l’orgueil les éloigne, mais auxquelles malgré eux la nature les ramène. On aime les capucinades, mais on les veut philosophiques. La partie consolante qui est leur essence n’a pu leur être dérobée parce qu’en effet elle en est inséparable. Elle s’est comme évaporée entre des mains profanatrices. Composées de lumières et de brouillards, c’est leurs brouillards qu’on leur a pris. Les grossiers n’agissent que grossièrement.
Les capucinades d’un capucin sont à leur place comme les arlequinades d’un arlequin.
Il a fait la lune pour dominer sur les eaux comme le soleil domine sur les airs. Aussi l’imagination a-t-elle appellé avec raison la première de ces planètes un astre humide et froid.
10 avril.
Quand nous réfléchissons, il se fait matériellement dans nos organes des plis, des déplis, des replis qui v[ont] jusques au froncement si la réflexion est profonde.
Psaumes. Lisez-les avec l’intention de prier et vous les trouverez beaux. Eh! toute lecture n’exige-t-elle pas une disposition d’esprit qui lui [soit] assortie et même appropriée?
Qu’importe que ces opinions et ces paroles soient grossières, si, proportionnées à la grossièreté de l’intelligence humaine, elles suffisent pour produire dans les âmes des hommes le plus beau et le plus délié de tous les sentimens, je veux dire la piété? Nous ne sommes que de la boue et cependant cette boue gouverne le monde. — Les instrumens de Dieu ne doivent point être estimés par la matière, mais par l’œuvre. S’ils ne manquent jamais leur coup, qu’importe qu’ils soient de fer ou de terre?
Quand la nature a fait une chose achevée et absolue en tous ses points (œuvre à laquelle la force productrice secondaire suffit) Dieu ou l’esprit intervient et c’est lui qui attache le charme. Il se voile dans toutes, mais de manière à se laisser entrevoir ni caché ni visible.
11 avril.
Il y a cette différence entre cet art (la religion) et tous les autres. C’est que dans tous les autres, ce qui plaît aux sages doit plaire au public, mais au contraire dans celui-ci ce qui a plu au public doit plaire aux sages.
13 avril, jeudi saint.
Nota. que ce qui rend le culte utile, c’est sa publicité, sa manifestation extérieure aussi frappante qu’il est possible, son bruit, sa pompe, son fracas et son observance universellement et visiblement insinuée dans tous les détails de la vie publique et de la vie intérieure; c’est là seul ce qui fait les fêtes, les temps et les véritables variétés de l’année. Aussi faut-il dire hardiment que les cloches, le maigre, le gras etc. étoient des institutions profondément sages et des choses utiles, importantes, nécessaires, indispensables.
Quand il y a une solemnité, tant qu’elle dure, il faut que ce ne soit plus le cours du soleil mais elle (c’est-à-dire ses cérémonies) qui règle les heures en quelque sorte. Il faut que son objet plus que la température influe jusques sur les humeurs des hommes pendant ce temps. Il faut en un mot que le caractère du jour s’en ressente et que sa couleur en soit teinte.
22 avril.
Ne pas souiller la pureté de l’air, c’est-à-dire s’interdire les paroles licentieuses. Ne froissez pas l’air, ou ne broyez pas l’air, c’est-à-dire ne prononcez pas les paroles propres à la colère.
Un esprit qui se joue dans des flots de lumière où il n’aperçoit rien, mais où il est pénétré de joye et de clarté...