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ANNÉE 1786.
6 avril 1786.
Pardieu, ce sont bien là les traits de la fille d’une méchante femme ! et je parirais bien que l’autre est la mère d’un homme de bien ! (dans la Belle-mère, de Greuze.)
Nota. Ils l’appelleront leur belle mère. Ce n’est pourtant pas sa beauté qui a pu vous séduire quand vous avez oublié pour elle vos enfants et votre première épouse.
26 mars 1786.
O mes amis ! j’ai bu l’amour...
Nota. Socrate avoit observer (sic) que, pour bien savourer les vins, il faloit boire en suçant. Leçon de volupté et de tempérance !...
26 mars 1786.
[Femmes] qui aiment à danser parce qu’elles se sentent légères...
27 mai 1786.
Il faut pour qu’un grouppe se forme et soit réel à l’œil qu’il y ait une liaison entre le mouvement de chaque figure et de celle qui suit ; il faut que les attitudes des personnages s’enchaînent l’une à l’autre ; il faut qu’il y ait dans les caractères de leur couleur, de leurs traits ou de leurs expressions, une graduation bien ménagée et des nuances qui se fondent ; il faut que l’esprit, aussi bien que l’œil, les embrasse d’un seul regard, il faut qu’elles forment une (ou plusieurs) unités (s’il y a dans le même tableau plus d’un grouppe) bien distinctes et dont le souvenir soit facile. Dans le Bélisaire la femme, l’enfant et le vieillard grouppent parfaitement ; le soldat ne grouppe point, ni avec les premiers personnages, ni avec ceux qui sont peints dans le lointain, ni avec le lieu, ni, pour ainsi parler, avec lui-même.
Pour qu’une figure grouppe avec elle-même, il faut qu’elle ait une vérité d’expression comme de conformation qui la replie sur son propre individu et lui donne un mérite absolu et indépendant. C’est ce que cette figure n’a aucunement ; son attitude et son expression sont fausses et mentent à la nature encore plus qu’au sujet. C’est peut-être par la même raison qu’elle ne groupe pas avec le lieu. Je me propose de l’examiner ailleurs.
10 juillet 1786.
Si la curiosité ne nous faisoit pas examiner la nature des végétaux, comment ils germent, comment ils croissent, comment ils meurent, comment ils se reproduisent... nous ne jouirions des fruits que comme les animaux, et peut-être avec moins de délices...
La sensibilité pour les pertes que nous faisons, proportionnée à la valeur des choses que nous regrettons est une preuve de notre jugement, comme la modération de notre tristesse, quand la perte est irréparable, en est une de notre raison.
26 juillet 1786.
Quand le peintre veut représenter un événement, il ne scauroit employer un trop grand nombre de personnages ; mais il n’en scauroit [employer] trop peu quand il ne veut représenter qu’une passion.
1ᵉʳ août 1786.
L’homme imite d’abord les objets qu’il voit ou que d’autres ont imités. Il représente ensuite ses propres conceptions. C’est là le comble de l’art.
Le plus beau point de vuë d’un tableau est celui d’où les objets peints prennent du relief ; le plus beau point de vuë d’un édifice est celui d’où toutes ses parties saillantes paroissent planes ; cette planitude apparente qui naît de l’accord des inégalités entre elles, jouë à l’œil et donne à l’imagination un plaisir que l’aspect d’un corps réellement uni et plat ne peut pas lui donner. Le mérite de celui-ci est de paroître inégal et divisé par des saillies. En un mot, sans illusion, il n’y a point de plaisir dans les arts.
Il falloit que ces deux monarques fussent rivaux en toutes choses. Charles V ramassa lui-même avec empressement le pinceau du Titien, et Léonard de Vinci expira dans les bras de François Iᵉʳ.
Pour nous, chez qui tous les chefs-d’œuvre n’ont d’autre destination que d’être exposés aux regards d’un petit nombre d’hommes riches et d’être emprisonnés et cachés dans les maisons des grands...
Apelle et Raphaël, qui furent les plus grands des peintres, étoient des hommes parfaits.
La vérité, loin de dédaigner les ornemens, les aime. Elle les aime et se montre belle et parée toutes les fois que...