Tap the page, move to the top or bottom edge, swipe down, or press Tab to reveal reading controls. Use the arrow keys or swipe sideways to turn pages.
ANNÉE 1784
XI
Quand ils disent que l’art est une imitation, ils le définissent par son procédé ou sa manière d’opérer et non par son objet. J’aimerois encore mieux dire que l’art est une multiplication car alors je le définirois par son effet et son utilité. L’art en effet n’existe que pour multiplier les choses qui émeuvent nos sens en nous les représentant, et il n’est utile qu’en multipliant autour de nous les belles choses, c’est à dire les choses qui nous émeuvent agréablement, utilement, délicieusement et de manière à nous rendre heureux.
XII
Quiquonque éteint dans l’homme un sentiment de bienveillance le tue partiellement.
— Les poètes doivent être la grande étude du philosophe qui veut conoître l’homme.
— L’habitude de penser en donne la facilité. Elle nous rend plus pénétrans et plus prompts à tout voir, parce qu’elle rend les organes de la pensée plus flêxibles et plus nourris.
— Combien de jugemens nous formons pleins de justesse et admirables d’ailleurs qui se font avec tant de rapidité qu’ils échappent à la réflexion qui les observe pour les confier à la mémoire !
Tel est celui qui nous fait avancer les mains en nous précipitant. Presque tous ceux qui ont pour terme les idées qui proviennent du dedans de nous-mêmes sont de ce genre.
— « Pourquoi châties-tu ton fils s’il n’est pas libre ? » Précisément parce qu’il n’est pas libre. C’est toi qui es un insensé de châtier le tien s’il est libre dans le sens que tu le dis.
— Si je meurs et que je laisse quelques pensées éparses sur des objets importans, je conjure au nom de l’humanité ceux qui s’en verront les dépositaires de ne rien supprimer de tout ce qui paroîtra s’éloigner des idées reçues. Je n’aimai pendant ma vie que la vérité. J’ai lieu de penser que je l’ai vue sur bien de grands objets. Peut-être un de ces [mots ?] que j’aurai jettés à la hâte [...].
En janvier 1784.
Les femmes aiment les aventures, les rencontres, les hazards, parce qu’elles aiment à se donner et non pas qu’on les donne. Pour ce sexe, faire un doux usage de son corps, c’est en disposer librement. Quand une fois elles ont fait cet acte de liberté, il ne tient qu’aux hommes qu’elles soient constantes. Hors de là, elles ne le sont par le cœur que dans un seul cas, celui où elles ont été prises par force ; j’entends par la force physique et non par la force sociale.
Cette violence leur fait espérer un grand empire sur l’homme qu’elles ont dominé au point de le mettre hors de lui-même ; comme elle espèrent une grande condescendance de l’homme à qui elles ont tout sacrifié.
Nota. Il faut que cette violence soit celle de l’homme amoureux et non celle de l’homme brutal.