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Le cœur est à l’âme ce que le sexe est au corps : c’est l’organe de son amour.
— s’il n’y a point d’erreurs nouvelles, mais seulement des erreurs plus favorisées dans un siècle que dans l’autre.
Comme les crimes ont multiplié les loix, les erreurs ont multiplié les explications.
29 novembre.
Je n’aime pas ce misérable Lucien qui se mocqua de la religion de son pays et de son temps.
3 novembre.
Ce qui fait qu’un pays est un pays et qu’un peuple est un peuple à part.
En dépit de la conquête, la Perse a toujours été et sera toujours à la longue un état séparé et indépendant. La Grèce n’a jamais pu l’être.
Comme ces ruisseaux qui, partant de sources communes, se divisent et coulent en de tels pays que leurs eaux ne peuvent jamais se rejoindre et se réunir en un seul lac...
De la continuité. Elle se forme de deux manières : par le plein pied qui, interrompu toujours, recommence sans cesse dans de certaines terres; et par l’agrégation qui offre de perpétuelles inégalités perpétuellement, indissolublement liées les unes aux autres, comme la Suisse. La Suisse est un bloc de granit et de glace. L’Italie est coupée en deux. La France a ses verrues, mais elle n’a qu’un visage et n’offre qu’une seule face.
Comment il n’est pas possible que l’Allemagne n’ait qu’une seule face et que la Russie en ait plusieurs. Quant à ces Iles britanniques, elles se réuniront toujours; à moins qu’aucune d’elles ne soit forte. C’est le sort de ce qui est petit d’être envahi par ce qui est plus grand, dès qu’il le touche. Ce qui est voisin d’une autre terre doit en faire partie ou en être subject.
13 décembre.
Ce qui est proprement pensée n’est jamais dur (n’est jamais rude) et peut sans manquer de grâce être exprimé tel qu’il est conçu, sans artifice et sans préparation. Mais la projection qu’on lui donne, la bile qui peut s’y mêler, en altèrent la qualité.
Je ne m’en dédis point sur Fiévée. Je-le répète, « il a du poing », ou du poignet. Je l’ai défini tout entier par ce seul mot.
14 décembre.
L’évidence a quelque chose de poëtique... Son langage ne doit-il pas s’en ressentir? Quand on descend des rayons de la lumière, on est plus qu’un mortel.
Cette crédulité qui vient du cœur ne fait aucun mal à l’esprit.
On trouve perpétuellement dans toute leur littérature et jusques dans leurs moindres phrazes le nom des choses qui doivent occuper l’attention de l’homme. Voici quelques-uns de ces beaux mots : ami, amitié, cité, citoyen, concorde, destin, festins, fortune, famille, champs, campagne, le chant, harmonie, bœufs, bétail, troupeaux, attelage, nécessité, joye, la paix, le triomphe, la victoire, les biens, la vie, les vieillards, les femmes et les enfans, les mœurs, la vertu, la bonté et les opposés à ceux là, les maux, la mort, la maladie, l’envie, les inimitiés, la guerre, les poisons, la faim, le froid, le chaud, l’humide, le sec, le veuvage, l’orbité ou la privation des enfans (mot qui nous manque), la situation de l’orphelin, la pauvreté, etc.
15 décembre.
De la verve et du goût. (Diderot en parle dans ses réflexions sur Térence.) La verve a plus de mouvement, le goût un mouvement mieux ordonné. Il y a dans la première plus de vie, et plus d’âme dans le second. La verve s’élance en sautant, le goût procède avec mesure. Elle fait plus de bruit, mais lui il fait de la musique. La première est une passion, une impulsion, un besoin : elle cherche à se contenter. Le second est un sentiment : « il voudroit plaire à tout le monde », comme l’observe Diderot. L’esprit dominant la matière, la raison domptant les passions et le goût maîtrisant la verve font le caractère du beau.
La verve est la sève et le goût est le jardinier.
Elle va par élancemens.
« Solliciter son esprit ». Le mot est de Samuel Johnson. — Il faut l’attendre, l’écouter, l’aprofondir.