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Au quatorzième jour du mois appelé juillet par les hommes et en l’année que nos ères vulgaires et périssables désignent par les quatre chiffres 1789, il y eut dans le ciel un grand bruit. Les immortels s’étoient assis au bord de la matière, en ce point de l’espace par où commence le lieu et d’où le temps reçoit sa première mesure et le mal son germe premier. L’éternité, l’immensité et le bonheur sont par delà.
Dieu s’étoit retiré en lui et caché dans le sein de sa propre essence, comme notre soleil pour nous quand il s’offusque d’un nuage. Ce soleil des esprits n’étoit plus visible pour eux. Ils n’étoient plus heureux de sa présence, mais de sa seule impression. Dans cette absence de l’extase et dans cette vacance de la haute contemplation, ne pouvant plus regarder l’être, ils s’occupoient du monde. Ils s’entretenoient de la vie de leurs amis, de leurs épreuves, de leurs affections passées; et ils parloient de la vertu, comme les hommes achevés parlent de leur enfance quand ils ont un sage loisir.
Tout à coup il parut devant eux une ombre. Elle avoit pour figure ces apparences de son corps qu’une âme emporte de la terre et qu’elle garde jusqu’après son épuration. Elle avoit dans ses mains sa tête et sa tête parla. Elle leur dit : « Hier, une paix universelle règnoit aux régions d’où je suis venu. Aujourd’hui, mort plein de vie, tué hors de la guerre et frappé par un peuple entier dans les fonctions de ma magistrature, j’arrive avant mon heure, étonné et innocent de ce départ précipité ».
Comme il parloit, une infinité d’autres arrivèrent en même temps, tous blessés comme lui et montant de la terre sans relâche et rapidement comme une pluye qui tomberoit de bas en haut. Les uns avoient des apparences d’armes, d’autres des ornemens de paix, plusieurs mêmes les vêtemens et les instrumens pacifiques de leurs sédentaires travaux. Ils crioient tous : « Recevez-nous. » Ils étoient tous des ombres d’hommes qu’on avoit frappés à leurs postes et qui étoient morts debout ou assis dans leur devoir. Ceux-ci avoient reçu le meurtre. Ceux qui l’avoient commis, descendant par une autre voye, arrivoient aux lieux infernaux.