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← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume I
[Malebranche.]

8 juillet.

« Vous ne connoissez pas les hommes », me diront-ils. Je répondrai : Il n’est nécessaire de les connoître ni pour les aimer ni pour en être aimé; il suffit de les avoir vus.

10 juillet.

Nos maîtres ne nous fesoient point rire; seulement ils nous laissoient rire hors de leur présence. Ils ne parloient qu’avec beaucoup de gravité et ne disoient que des sentences qui souvent répétées étoient retenues à jamais.

Ces petites filles qui n’ont pas peur des hommes; et de la vie de celles qui exercent d’abord la mendicité.

11 juillet.

Dans les plaisirs, la modération ne suffit pas; il faut le choix. Le licite.

De la religion et de son usage; ou plutôt : De la part de Dieu; ou : De la part qu’il faut lui faire dans les affaires politiques, domestiques, civiles et morales.

Il faut leur servir son estime (à ses amis) comme un repas ou tout abonde, sans taxer ni couper les parts.

Geoffroy. Son esprit fait fort bien le jeune.

12 juillet.

Trop vieux pour le mensonge, mais non pas pour la vérité.

La métaphysique a ses ailes...

La métaphysique a surtout l’être pour objet. Les autres études n’en considèrent que les accidens. La morale en dirige la destinée. La métaphysique nous montre Dieu; la morale nous mène à lui, nous en rapproche, nous y unit.

14 juillet.

De la prévision. Quoi qu’on en dise, nous devons regarder les existences nouvelles comme quelque chose de nouveau pour Dieu lui même : nous ne pouvons concevoir cela autrement. Il voit dans un miroir ce qui doit être, il voit en face ce qui est. Il voit (par la prévision) dans un miroir (celui de sa préscience) ce qui doit être et dont il a en lui l’idée. Les miroirs ordinaires n’admettent en eux que des images; l’idée en Dieu précède la chose; l’idée (dans le monde) la suit. L’idée de Dieu est la cause de la chose; la chose dans le monde est la cause de l’image.

« Le temps, cette image mobile de l’immobile éternité. » Il y a du temps dans l’éternité même, mais ce n’est pas un temps terrestre, un temps mondain. Celui ci se mesure ou se compte par le mouvement de la succession des corps; celui là par les affections des esprits, la succession de leurs pensées qui sont leurs mouvemens. C’est un temps spirituel, incorruptible, qui perfectionne tout et ne détruit rien : il achève. Ses changemens sont des améliorations, des développemens. C’est un temps qui consume le mal pour le bien et qui efface le bien par le mieux. Il offre à Dieu ses spectacles et les lui offrira toujours.

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