Tap the page, move to the top or bottom edge, swipe down, or press Tab to reveal reading controls. Use the arrow keys or swipe sideways to turn pages.

← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume I
[Malebranche.]

[…] juin.

En ne cherchant qu’à bien écrire, comme dans le monde en n’aspirant qu’à vivre décemment, on —

L’éloquence est un jeu, un art de répandre l’illusion sur les actions humaines.

J’ai voulu me passer de mots, je les ai dédaignés : les mots se vengent — par la difficulté etc.

[…] juin.

Un des égouts du corps humain ou cette partie à demi intestine; et ce poil toujours hideux dans la sculpture parce que le ciseau ne peut l’exprimer que par un désordre qui est une vraie difformité.

Statues des Egyptiens, d’un poli plus fini que celui des Grecs. Le fini n’est pas un signe de plus de perfection dans l’art.

Le vers d’André Chénier : « Viens il est d’autres jeux... »

8 juin.

De l’imitation. — Les anciens et Platon lui même n’ont jamais bien connu comment elle devoit être l’objet de l’art; les modernes encore moins. Chacun aime à voir reproduit ce qu’il pense, ce qu’il cherche, ce qu’il estime beau, ce qu’il conçoit.

En effet, la musique et la danse ont assujetti à l’ordre et à la mesure ce qu’il y a au monde de plus immodéré et de plus excessif par sa nature, les sauts et les cris.

Esprit de médiation. Caractère d’une sorte d’éloquence. Celle là plaisoit aux anciens. Telle étoit celle de Nestor.

Esprit d’opposition et de contradiction à tous. Caractère d’une autre espèce d’éloquence; comme celle de Démosthènes par exemple, celle de J.-J. Rousseau.

Tous la même capacité d’aimer, mais non pas la même capacité de comprendre. Les lumières des éclairés serviront de spectacle aux autres (comme ici-bas : le ciel est semblable à la terre) et augmenteront ainsi leur bonheur.

Samedi 9 juin.

Il y a des citations dont il faut faire usage pour donner au discours plus de force et lui donner des tons, pour ainsi dire, tranchans; en un mot, pour en fortifier les pleins. Il en est d’autres qui sont bonnes pour y jetter de l’étendue et de l’espace et, pour ainsi dire, du ciel, par des teintes plus délayées. Telles sont celles de Platon.

Espèce d’hommes que cet amour (de l’art) possède tellement qu’ils ne regardent plus l’art comme une chose qui est faite pour le monde, mais le monde, les mœurs, les hommes et la société comme des choses qui sont faites pour l’art. Subordonnant tout, et la morale même, à la statuaire, ils regrettent la nudité, la gymnastique, les athlètes, par dévouement aux sculpteurs. C’est qu’ils aiment les arts plus que les mœurs et les statues plus que leurs enfans.

Contents

Sign in to save your reading →