Tap the page, move to the top or bottom edge, swipe down, or press Tab to reveal reading controls. Use the arrow keys or swipe sideways to turn pages.
[Malebranche.]
Il combat Aristote qui disoit : « Ce n’est que dans les mathématiques qu’il faut chercher une entière certitude; mais la morale et la physique sont des sciences où la seule probabilité suffit. » Pour la morale, Aristote avoit raison, car il est nécessaire pour l’action que la seule probabilité y suffise. Quant à la physique, la seule probabilité y suffit aussi pour la satisfaction de l’esprit, qui n’a besoin pour son repos et son utilité que de voir ou d’entrevoir l’ordre en toutes choses. Mais cette probabilité ne suffit pas dans la physique pour les méchaniques, qui en sont la pratique comme la morale est la partie pratique de la métaphysique. Que si, dans la morale, la probabilité suffit, la vraisemblance suffit aussi dans la métaphysique, sa théorie et sa pratique pouvant s’en contenter.
« ...Après qu’il eut péché (Adam), ces plaisirs qui ne faisoient que l’avertir avec respect et ces douleurs qui, sans troubler sa félicité, lui fesoient seulement connoître qu’il pouvoit la perdre et devenir malheureux, n’eurent plus pour lui les mêmes égards. » Voilà les douleurs et les plaisirs (deux modes) devenus par nécessité des êtres poétiques et actifs, sous la plume de cet homme qui a tant décrié sans distinction toutes les sortes d’imaginations! Il paroit qu’au fonds il n’étoit ennemi que de l’imagination qui admet trop les êtres logiques et de celle qui dans la pratique traite les phantômes comme de solides réalités, etc.
« Ames dans les bêtes... espèces intentionnelles... ou de semblables choses (dit-il) dont on ne trouve point de notion particulière dans son esprit. » Ce dont on ne peut trouver aucune notion préalable dans son esprit doit être rejetté, car cela ne peut servir de rien pour la clarté... Mais les notions que nous avons sont suffisantes pour nous faire concevoir ou même imaginer une espèce d’Ame dans les bêtes.
Quant aux espèces intentionnelles, leur dénomination est obscure et rebuttante et peut-être c’est ce qu’elles ont de pire, car si leurs partisans avoient entendu par là des espèces d’images propres à soutenir et à fixer l’attention sans être vues, peut-être on auroit trouvé, à les admettre, une commodité, une facilité à expliquer certaines choses, qui en eût justifié l’invention. Pourvu que l’esprit ne soit pas la duppe de ses propres hypothèses et ne traite pas comme des réalités ses pures suppositions, il doit lui être permis d’en faire, et tenir pour bonnes toutes celles qui sont utiles à l’usage. On s’est fort bien trouvé, dans la physique, de se servir de « l’attraction »; mais on finit par trop y croire.
« A cinq ou six pas de nous ». Il semble que c’étoit là, d’après son observation, la distance à laquelle presque tous les objets naturels cessent de nous être dangereux. Quant aux objets inventés, les inventions nous en préservent et il me revient en mémoire que l’invention de la poudre à canon (par exemple) et celle des verres d’optique ont à peu près la même datte.
« Je suis persuadé que l’âme ne peut résider immédiatement que dans les idées. » Lieux dignes d’un tel hôte!
« Tous les hommes connoissent l’étendue par une idée claire qui la représente. » Ainsi du mouvement. Ainsi de Dieu même. L’oserai-je dire? Oui. On le conçoit facilement pourvu qu’on ne se contraigne pas à le définir.
A l’entendre, et dans le sens strict des mots tel qu’il les définit, il n’y auroit point d’erreur involontaire (ni forcée). Il devroit dire aussi qu’en beaucoup de matières nous ne sommes point dans l’obbligation de ne pas nous tromper et que la vérité n’est pas toujours devoir.
Il ne prend jamais l’imagination que comme une faculté corporelle et la mémoire des images. Etc..
« La profondeur et la netteté des vertiges de l’imagination dépend de la force des esprits animaux et de la constitution des fibres du cerveau. » Quoi! jamais de l’âme et de l’âme seule? Est-il bon, en métaphysique, de tout expliquer ainsi par la matière seule, par les fluides et les solides? — La qualité des moëles, leur quantité, la dimension de leurs étuis pourroit peut être aussi être comptés. Mais il seroit peut-être sage et utile d’admettre aussi quelque différence de qualité dans la substance même des âmes. Sont-elles destinées dans la vie aux mêmes devoirs, et dans le ciel aux mêmes récompenses? Entre toutes il y a similitude par leur nature, mais non pas peut-être parité entre toutes sans exception. Et il y a plusieurs ordres d’âmes. Il n’y en a point qui surpasse toutes les autres et que beaucoup d’autres n’égalent; mais il en est qui, appellées à de plus hautes vertus et à de plus hautes pensées, ont des ailes pour y voler. Responsables de tous les dons extraordinaires qu’elles ont reçus, coupables si elles en abusent.
Si (quoi qu’il en dise) on ne pourroit pas imaginer sans inconvénient que « le corps devient esprit lorsqu’il s’unit à l’esprit ». Ce seroit une fort bonne manière d’exprimer certains méchanismes du corps qui approchent de l’intelligence.
Hommes ont « naturellement de l’inclination pour attacher leurs idées à des signes sensibles ». Voilà tout le mystère de l’invention de la parole.
Il pense que, sans cette communication qu’il suppose entre le cerveau de la mère et celui de l’enfant « les femmes et les animaux ne pourroient pas engendrer facilement des petits de même espèce. » Cette opinion est bien d’un métaphysicien, c’est à dire d’un homme qui doit chercher à expliquer les corps par les esprits.