Tap the page, move to the top or bottom edge, swipe down, or press Tab to reveal reading controls. Use the arrow keys or swipe sideways to turn pages.
29 avril.
Malebranche. Il me semble qu’il a mieux connu le cerveau humain que l’esprit humain.
Mardi 1ᵉʳ mai.
Pour moi, je croirois plutôt que Dieu ne voit les corps tels que nous les voyons que par les idées des hommes, c’est à dire que parce qu’il voit comment nous les voyons, et notre erreur, erreur pour lui et vérité pour nous. Je dis vérité pour nous, car pour nous en effet ils sont pleins, impénétrables, mais ils ne le sont pas pour lui.
Le doigt et l’œil de l’ouvrier toujours posés sur son ouvrage.
Ces idées pures, c’est à dire sans mélange de figure et de couleur, tant que générales et capables de recevoir les formes comme un espace est propre à devenir un lieu, — bien. Si particulières, ne sont propres ni à s’entendre ni à se faire entendre, ni à se juger ni à se reprendre, ni à s’arrêter. L’imagination est du moins forcée à se tenir plus près de la réalité et ses erreurs ont cet avantage de plus et ce danger de moins qu’elles sont plus visibles.
De la nudité. — Que la nature habille tout ou que, du moins, elle n’a rien fait de nud qui ne soit hideux.
Que l’imagination, quand elle a été sage et belle, n’a rien déshabillé que ce qui est hors du monde ou au dessous du monde sans nécessité. L’Antinoüs est un esclave; le gladiateur, etc.
Auguste n’eût jamais souffert qu’on l’eût représenté nud. Antonin l’eût souffert peut-être, mais par un sentiment de stoïcien.
Au dessous de la tête, des épaules et de la poitrine commence l’animal, ou cette partie du corps où l’âme ne doit pas se plaire, auroit dit Platon.
[Malebranche.] Vid. pag. 380. Les passions personifiées, c’est à dire le dernier point de hardiesse où l’imagination puisse se porter. Et tout cela pour un raisonnement.
Il faut donner une âme à la matière, mais une âme générale à la matière en général, et non des âmes particulières aux matières particulières, comme l’école le faisoit avec les formes substantielles, les formes plastiques.
[Malebranche.] Pag. 36. De la méthode. — On voit ici la grande cause qui le détermina à attaquer l’imagination. La philosophie de l’école lui en paroissoit pleine. Mais au contraire. Cette école avoit admis une foule d’êtres inimaginables [...]
(Dans Malebranche.) De l’utilité qu’il y a à abréger ses idées et leurs expressions, affin que l’esprit opère plus vite et aille plus loin.
[Malebranche.] Eh! mais il auroit pu reprocher à Descartes aussi bien qu’à Aristote d’avoir voulu tout expliquer par les connoissances qu’il tenoit des sens. Le philosophe français n’a fait en effet qu’apliquer les procédés des arts à ceux de la nature et tous ses systhèmes, comme Nollet l’a fort bien dit, semblent avoir été forgés dans les boutiques des artisans.
[…]3 mai.
Ce n’est pas seulement ce qui éclaire l’esprit qui est utile dans la recherche de la vérité, mais aussi tout ce qui le dispose et le dresse à s’éclairer et c’est ce que font souvent les explications d’Aristote et des anciens.
Si ce que dit Aristote ne sert pas à rendre un homme physicien, cela sert du moins à le rendre intelligent. Cela éguise l’esprit ou l’instrument de la science. (Nota, que les ouvrages d’Aristote, à l’exception de ses ouvrages de dialectique, ne sont que des recueils des opinions philosophiques les plus ingénieuses.)
[Malebranche.] Avec toutes leurs belles méthodes, Descartes et lui n’ont fait, le premier qu’une très mauvaise physique, et le second qu’une métaphysique informe, sans clarté, sans précision, sans efficacité.