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← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume I
YEAR 1804

Jeudi 26 avril.

Cette allumette! (Malebranche). et Fénelon, cette bougie.

Et la philosophie même est devenue paysagiste, s’occupant plus en toutes choses du séjour de l’homme que de sa destination.

Mais se souvient-on naturellement et facilement de ce qu’on apprend si péniblement et par artifice? Pour moi, il me semble que ce qui ne s’apprend qu’à l’aide de ces intrumens (comme de l’algèbre) ne sert aussi que pour les arts ou les métiers, ces supplémens de la nature.

27 avril.

Il y a bien peu de gens qui scachent bâtir un livre, mettre en haut ce qui doit être en haut, en bas ce qui doit être en bas, placer les portes, les fenêtres, les colonnes, les chapiteaux. Je ne vois dans la plupart des livres que leur matière amoncelée, une distribution grossière et presque de hazard, aucun jeu d’architecture et seulement quelques constructions qu’il a fallu au maçon pour distinguer ses matériaux.

28 avril.

L’esprit se paye de fausses raisons comme l’imagination de fausses apparences. Il y a quelquefois dans les plus secs raisonnemens une subtilité d’invention ou un art d’entrelacement qui l’arrête et par une sorte d’admiration lui fait approuver ce qui ne prouve rien.

Malebranche n’a pas mal connu le cerveau...

Fibres trop facilement agitées, recevant trop de mouvemens, d’où une prompte lassitude. Remèdes, lenteur. Moyen, contemplation (modérée). Règle, peu d’éclat. Eviter la perfection, se l’interdire lorsqu’on en est (comme je suis) trop ambitieux. « Ne pas faire tout ce qu’on peut » : important devoir à s’imposer lorsqu’on est atteint naturellement d’une sorte de passion et de manie du mieux.

Comment les mathématiques l’avoient gâté. Elles avoient accoutumé son cerveau à n’aimer que ce qui leur ressembloit.

Ce que j’ai dit plus haut que le mot de beau pris substantivement ne se trouve pas une seule fois dans Malebranche. Il paroit qu’il n’en avoit jamais eu l’idée et que, en effet, le beau étant le bien de l’imagination et cette faculté lui paroissant essentiellement nuisible, son bien devoit lui paroître un véritable mal.

Il convient cependant que les mathématiciens mêmes sont obligés d’ « imaginer quelque peu ».

Les mathématiques, cette demi métaphysique (car l’esprit y opère sur des rapports qu’il conçoit comme dans la première de ces sciences sur des substances qu’il imagine).

Dans cette opération (d’imaginer Dieu), le premier moyen est la figure humaine; le dernier terme est la lumière. Et dans la lumière la splendeur. Je ne crois pas que l’imagination puisse aller plus loin. Mais ici l’esprit continue... L’étendue... enfin l’infinité. Il faut recommencer. Cercle ravissant à décrire et qui recommence toujours. On le quitte, on s’y plonge, on en sort, on le reprend. N’en décrions aucun degré; n’exigeons pas que tout le monde l’achève; notre devoir, notre bonheur sont d’y tenir et non de le tracer.

C’est un maître de dessin qui décrie la peinture et à qui toutes les couleurs paroissent du fard et des mensonges. Ce qui est vrai si on n’a égard qu’à leur nature, mais non pas si on a égard à leur effet.

Le mot de Vʳᵉ dans ses adieux à la Hollande : « adieu canaux, adieu canards, adieu canaille. » Il semble que cette dernière expression naisse d’un jeu involontairement, d’un jeu de l’esprit qui a été inévitable. Elle a risqué d’être offensante et elle ne l’est pas. Cela la rend plaisante.

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