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« Il faut (disoit le grand Ar[nauld]) accoutumer son esprit aux choses difficiles. » Il faut aussi l’accoutumer aux choses ennuyeuses, affin qu’il ne trouve rien dans la vie de difficile et d’ennuyeux.
10 février.
T—b—r— [Tibère] haï surtout pour son humeur et pour sa mine, encore plus que pour sa cruauté.
Ces folies des gens d’esprit ne sont point du moins des folies de fols. Ce sont des folies de sages ou des jeux avec la sagesse.
18 avril.
Avec une sagesse qu’on a trop peu remarquée, Malebranche veut que, dans l’éducation des enfans, on se serve quelquefois de la douleur pour châtiment, mais que jamais on n’employe le plaisir pour récompense (il n’est ici question que des douleurs et des plaisirs du corps). La crainte qui réprime l’âme n’a pas pour elle, comme il l’observe, les mêmes inconvénients que le désir qui la rend ardente. Leur faire aimer le devoir par l’appât du plaisir, c’est les rendre sensuels et antivertueux. (Voyez ce qu’il dit à ce sujet à la fin du livre 2 de la Recherche; de l’imagination, lib. 1ᵉʳ.)
Politique.
Beaucoup de choses se sont vues qui ne se verront plus. Le genre humain, sorti du sein de l’inexpérience, n’y peut rentrer. Elle a beau lever sa robe, la paresse a beau le pousser : il est devenu trop formé pour tenir où il fut conçu. Dieu s’est servi de moyens qu’il a brisés pour en employer d’autres.
Ce n’est pas le repos de leur esprit qu’ils cherchent, mais son oisiveté.
Expliquant tout par des raisons qui ne peuvent être comprises que par un effort de réflexion, sa philosophie ne pouvoit en aucune manière devenir populaire ni usuelle, entrer enfin dans le commerce habituel de pensées qu’ont les hommes avec eux mêmes et entre eux.
Malebranche. Il étoit doué (pour parler son langage) d’une disposition à laisser les idées abstraites s’imprimer fortement dans son cerveau et aucun homme n’eut plus de cette imagination forte qu’il blâme tant; mais la sienne n’étoit mise en jeu que par ce qui étoit dégagé de toute espèce de matière. Visionnaire de raisonnement. Ou mathématiquement visionnaire. Il dit qu’il y a des visionnaires de sens et des visionnaires d’entendement. Ce furent ses abstractions qui le trompèrent; mais il se trompa par des opérations propres à son esprit et où il excelloit. C’est [ce] qui lui a rendu ses erreurs glorieuses en quelque sorte, parce qu’étant comme naturelles elles ont plu et devoient plaire par cette qualité.
Toutes ses explications sont d’un matérialiste, quoique tous ses sentimens et toute sa doctrine fussent entièrement opposées au matérialisme.
Malebranche ne suppose jamais qu’il y ait aucune différence entre les âmes, il n’en admet qu’entre les cerveaux. La première semble exister cependant et suffiroit pour expliquer facilement plus de choses que la deuxième.
Mais que devoit-il donc penser du langage de l’écriture.
Des hommes qui sont difficiles à connoître et Des auteurs qui sont difficiles à comprendre.
Jeudi 19 avril.
Malebranche. On peut dire de lui, en parlant son langage, que son entendement avoit blessé son imagination.