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Nota. Cet idiome mêlé de l’idiome des âmes profondes et de l’idiome de la vie civile, qui suppose d’un côté une grande assiduité à la méditation et de l’autre une grande habitude des hommes et l’expérience de la vie.
Quand on blâme les hommes, il faut leur prouver qu’on a pu les connoître et qu’on n’a pas décidé légèrement. Le style où ces deux faits se trouvent comme empreint est celui qui convient le mieux au philosophe. Et c’est là ce qui fait l’éloquence de ce genre. Etc...
Ces sièges orientaux où les femmes sont assises les jambes étendues sont bien plus voluptueux que les nôtres où le corps ne présente que son buste jusqu’à la racine du tronc et les jambes jusqu’au genouil. Sur nos chaises européennes, l’homme paroît uniquement propre à remuer la langue comme si sa seule destination étoit de parler.
On voit bien à nos instruments de repos que nous sommes un peuple oisif et qui n’a pas besoin de repos, car ils ne sont nullement propres à délasser.
Le peuple, parmi nous, s’asseoit par terre (surtout les femmes). Le prince, parmi les Asiatiques, s’asseoit toujours par terre. La seule différence, c’est qu’un manouvrier, en France, s’asseoit sur la terre nue et que le sultan, en Turquie, est assis sur la terre couverte. Quelques coussins forment son trône à peu de frais. Etc., etc.
[Août 1783.]
Elles portent dans leur manière et sur leurs phisionomies une empreinte de l’innocence et de la candeur des enfants dont elles sont sans cesse environnées.
On voit par le bas de leurs jambes qu’elles aimeroient à montrer tout ce qu’elles ont de beau. Et ce plaisir de montrer sa beauté est naturel surtout aux femmes dont les formes sont plus belles que le visage. Etc.
« Marchons, et faisons désirer aux hommes de pouvoir nous considérer couchées. »
Decouvrés-moi et...
C’est ainsi qu’elles semblent dire.
[1783?]
Rien de trop terrestre et de trop matériel ne doit occuper les jeunes filles. Il ne faut entre leurs mains que des matières légères. Comme la nature les dégage, en quelque sorte de la terre et les forme élancées pour les faire belles, il faut que l’éducation fasse pour leur âme ce que la nature fait pour leur corps. Tout ce qui exerce pleinement le tact, principalement sur les choses qui ont de la vie, est peu convenable à leur pureté et la détruiroit. Elles le sentent si bien par instinct qu’elles regardent beaucoup et touchent peu ; elles ne touchent même les choses les plus délicates que de l’extrémité de leurs doigts. Elles ressemblent à l’imagination et ne doivent qu’effleurer comme elle. Ce qu’il y a de moins virginal entre nos sens, c’est le tact. Aussi remarquez qu’une jeune fille ne touche rien comme une femme, ni une femme chaste en son âme comme celle qui ne l’est pas. On pourroit à ce seul indice connoître le tempérament moral des femmes. Du moins soiés certain quand vous en voïés qui prenent tout à poignée qu’il n’est rien au monde qu’elles refusassent d’empoigner.
Une femme doit avoir de la pudeur, non-seulement pour elle-même, mais pour tout son sexe, c’est-à-dire qu’elle doit être jalouse que toutes les femmes gardent les lois de la pudeur, car ce qui blesse la modestie d’une femme blesse la modestie de toutes. Une fille perdue qui se met nue aux ïeux des hommes déshabille à leurs ïeux toutes les femmes honnêtes ; en se montrant sans voile, elle montre sans voile toutes les autres. En la voïant ainsi, chacun peut dire et se dit peut-être involontairement : « C’est ainsi que ma mère, ma sœur, ma maîtresse, ma voisine sont faites ».
Une fille, une enfant qui vient de naître, doit être couverte avec décence, s’il est utile que sa mère et sa nourice soient couvertes avec décence, etc.
Chez Dallyre à l’occasion de la petite fille.
« C’est contre la belle nature ». Toute action, tout usage, tout établissement, tout sentiment, toute idée, dont on peut porter ce jugement est une action blâmable, un usage pernicieux, un établissement funeste, un sentiment injuste, une idée fausse. Ce qui est contraire à la belle nature est toujours contraire à la saine morale.
Nota. Une fille qui se montre nuë aux ïeux de son amant ne blesse pourtant en cela la pudeur publique. 1° un effet infaillible du secret et du mistère est dans ce cas d’inspirer de la retenue même à l’imagination de son amant, si son amant a le cœur délicat. 2° il ne se dira ni dans ce moment, ni dans les momens qui suivront : « c’est ainsi que les autres sont faites ». ce seroit, en quelque sorte, donner des témoins à des plaisirs dont la solitude augmente le prix, se distraire d’une volupté qui exige le recueillement, et trahir la confiance de sa maîtresse en la traduisant ainsi dans son esprit devant tout son sexe. etc.
(Toutes ces réflexions ont besoin d’être mieux digérées et mieux écrites.)
A proportion que l’intelligence par laquelle l’homme entre en commerce avec la société se développe dans l’enfant, l’organe par lequel un sexe communique avec l’autre sexe se développe aussi. Prenés deux enfans du même âge, le plus réfléchi, le plus sage est toujours le moins innocent. S’il n’a pas encore fait les actes de l’homme, il en a du moins les passions. Et de tous les objets sur lesquels l’intelligence naissante peut s’exercer, les plus propres à hâter les goûts sexuels sont les objets qui sont naturellement réservés pour la maturité et l’âge nubile.
Aussi les petites filles chargées du soin des enfans en bas âge sont-elles plutôt femmes dans le cœur que les autres. Elles prennent avec facilité l’air et les attentions des mères, mais elles prennent en même temps un désir précoce de le devenir et une curiosité, qu’elles savent bien satisfaire, des moïens par lesquels on le devient.
Comme elles ont toujours sous les ïeux des individus humains, elles n’ont pour sujet d’observation que leur espèce ; elles ne tardent pas à en étudier la destination membre par membre. Et comme elles se donnent à leurs propres ïeux l’importance et le rôle des femmes faites, elles en éprouvent bientôt les appétits.
On peut bien dire à un homme sage « Vous êtes fou ». On peut bien dire à un homme d’esprit « Vous êtes un sot ». Mais le moïen de dire à un sot qu’il est un sot et à un fou qu’il est un fou ?
Le seul moïen d’avoir des amis, c’est de tout jetter par les fenêtres, de n’enfermer rien et de ne jamais savoir où l’on couchera le soir.
Il y a, me dirés vous, peu de gens assés fous pour prendre ce parti. Eh qu’ils ne se plaignent donc pas s’ils n’ont pas d’amis, ils n’en veulent pas.
Cette pauvre créature qui se rend heureuse en regardant l’eau qui coule n’est-elle pas vraiment intéressante ? Elle fredonne un air qu’elle a entendu chanter dans la maison des riches et chacun des tons de cet air lui rappelle quelque objet particulier de leur oppulence. Et la vue idéale d’une multitude d’objets de luxe détruit un moment en elle le sentiment de son extrême pauvreté.
Goûte le plaisir de ne rien faire, innocente créature, d’autant plus digne de le goûter que tu es femme. Oublie tes haillons, ton grabat, ta bassesse. — Vois avec quelle magnificence la terre se revêt de sa robe de verdure et présente à tes pieds des fleurs à fouler. Le ciel te sert de lambris, le soleil te regarde et nul être n’est en ce moment favorisé d’un plus superbe spectacle que celui qui s’étale à tes ïeux.