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← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume I
[On Voltaire.]

Ceux que le ciel a doués de plus de lumières ont vu que cela est ainsi.

Cela est meilleur à peindre qu’à nommer. Il faut en faire le tableau et non pas le signalement. Pour le faire apprendre, il est indispensable de le faire aimer. Qui qu’onque en parle froidement ne peut pas se faire comprendre. C’est ici qu’on connoît par enthousiasme.

[…]9 septembre.

(Ajoutez à l’article Il n’y a pas de son, plus haut :)

Je conçois qu’il y auroit des couleurs, c’est à dire de certaines dispositions de lumière, quand il n’y auroit pas d’yeux. Mais, s’il n’y avoit pas d’ouïe, je ne conçois pas qu’il y eût de l’harmonie : c’est l’esprit qui la fait. On conçoit les clartés, mais non pas les couleurs sans athmosphère ou sans matière. On conçoit l’harmonie sans le concours de l’air, entre des esprits purs. On ne conçoit point les saveurs sans corps, mais si bien le contact, l’odorat aussi. Il y a, dans notre imagination, pour l’esprit pur des affections et des parfums, etc.

Il ne faut pas croire qu’on puisse imaginer sincèrement de l’esprit ce qui ne peut pas lui convenir. Nous en avons une idée ou un sentiment naturel qui ne nous permet pas de le concevoir clairement à notre guise.

Imagination : cet œïl. Objets qui se peignent dans sa prunelle. Vraies pouppées.

Enfans, s’amusent d’apparences; trop peu proportionnées par leurs premières dimensions avec les réalités qui les interressent le plus.

Esprit humain. J’en cherche la nature; d’autres en apprendront l’usage.

Mots où l’on sent de la lumière, de l’aptitude à d’importantes applications; du prix, sans le connoître exactement. Et que la mémoire [ne?] l’emmagazine que par instinct.

... ne parlent que de tête. Voix de tête, esprit de tête, opinions de tête.

20 septembre.

Moyen âge. Cet esprit de chicane ne s’exerçoit au moins que sur les mots.

Bacon dit que l’imagination aime les eaux, les « nappes d’eaux », pour employer son expression. C’est que l’image de ces miroirs s’offre aux yeux et à la mémoire toute entière et toute à la fois. C’est qu’elle est toute faite, c’est qu’elle entre facilement, c’est qu’elle est aisée à loger, etc. C’est qu’on y plonge et qu’on en rêve en la voyant, etc. C’est qu’elles offrent à la faculté spirituelle une opération qui lui est plus proportionnée.

Bossuet. La véhémence unie à la tranquillité.

« Il faut (dit Plutarque) être magistrat tous les jours et à toute heure. » « Connu, homme de bien, à toute heure. » — « Le gouvernement n’a point de fin particulière »; mais l’ordre en toutes choses et qui embrasse tout. L’homme de bien inquiet de la chose publique et qui en est sans cesse occupé, qui y veille, qui y rêve même en dormant, qui y pourvoit même dans ses délassements et jusques dans ses railleries, voilà le magistrat. Il doit s’occuper de l’état comme un bon fermier de son champ. La garde du troupeau.

Bacon dit que les axiomes sont la pierre de touche et la meilleure épreuve des esprits, qui y montrent leurs limites et leur portée. Rien n’est si aisé que de les mal faire ni si rare que d’y exceller.

Les mots, et si ils ont plus d’importance que les phrases.

Notre mémoire a plus de peine à se donner que celle des anciens. Nous avons plus de livres à lire et plus de faits à scavoir qu’eux pour tout scavoir. Et notre esprit plus surchargé.

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