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2 septembre.
« L’âme mêlée au corps ». Et le corps ne quitteroit l’âme que lorsqu’il seroit devenu impropre à lui rien apprendre, incapable de la servir. Mais — au contraire; — alors l’âme quitte le corps. Elle en a reçu l’ordre et, en se retirant peu à peu ou tout à coup, elle en laisse les parties ou la totalité sans fonctions, sans conservation.
Toute dans son tout et dans chaque point. Sa présence y fait la vie.
Le premier systhème ne nous montre qu’une machine; le second fait plus voir un ouvrage divin, un être. L’essence d’une machine est la matière. Son auteur n’est jamais qu’un homme. Mais l’essence d’un être est toujours l’esprit et Dieu en est toujours l’auteur.
3 septembre.
Mais au contraire rien n’est si simple et si peu merveilleux (je veux dire si peu merveilleux d’appareil). La vertu sublime n’est qu’une extrême bonté et le génie n’est qu’un extrême bon sens appliqué aux choses qui sont hors du monde dans la nature ou hors de l’usage dans l’industrie. En parler emphatiquement, c’est les connoître peu. Tout échaffaudage (sic) les masques et expose à les méconnoître.
Dimanche 4 septembre.
Jardins anglais. Si l’amour de ces irrégularités et l’horreur pour la symmétrie ne tient pas à un certain trouble d’esprit.
Dans la musique; nous sommes l’instrument dont elle jouë, mais un instrument animé qui se sent, qui s’entend lui-même et qui trouve du plaisir ou du mécontentement selon qu’il est bien ou mal touché. Cette musique quelquefois brouille nos cordes, ou les tend trop fortement, ou les relâche trop et peut ainsi nous désorganiser.
— Nous sommes un instrument dont elle jouë. Il y a là de la muse.
[…] septembre.
Les traits faux et qui ne sont plus les nôtres, que nous recevons quelquefois de la vieillesse.
[…] septembre.
... et peu de place sur le papier, comme elles en occupent peu dans l’esprit lorsque l’épuration s’en est faite. Je vous en demande une idée, et non pas un dénombrement. Détachez en la pure image.
— et je ne scais quoi de pénible et qui marque l’enfantement. L’enfantement d’une pensée réduite à en écarter d’autres et à se faire jour pour se produire.
... tous terminés par quelque idée qui a comme un retentissement. Elle reçoit ce caractère de la perspective qu’elle ouvre et de l’émotion qu’elle cause, comme le son. Tous ceux qui font écho sur l’instrument produisent sur notre âme ce double effet, lui rendant sensibles à la fois l’espace et la mesure, l’espace comme nouveauté, la mesure comme ordre, arrangement, action et régularité.
Comme un solo suivi d’un orchestre.
Ignorants qui ne connoissez que vos clavecins et vos orgues! Je jouë de la lyre antique, de la lyre à trois ou à cinq cordes, de la lyre d’Orphée, non de celle de Timothée. Je jouë de la harpe ou du basson quand ils accompagnent la voix. Instrumens (s’il faut vous le dire) qui causent autant de plaisir à celui qui les tient qu’à ceux qui les regardent; car il s’entend, il se juge, il est retenu dans son air, il est forcé de s’écouter. Il se charme lui-même et ne reçoit pas tout son plaisir des applaudissemens qui sont indispensables à vos concerts bruyans, comme un accompagnement sans lequel le nombre de leurs accords multipliés ne seroit pas complet.
Vendredi 26 août.
Nous exprimons quelquefois parfaitement bien notre idée avec des expressions que nous n’entendons pas beaucoup.
Nous avons souvent des pensées qui nous brident l’esprit; des manières de voir qui nous empêchent d’avancer.
Souvent aussi notre esprit va plus loin que notre pensée et nos paroles plus loin que notre esprit. Alors nous arrivons, entraînés par le mot. (27 août.)
Faire clarté, par la simplicité et la pureté de la substance.
Les doctrines conciliatrices valent mieux que les exclusives.
Quiquonque ne s’est pas observé lui même porte en soi une expérience qu’il ignore.