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Michaud et [ ? ]. Ils écrivent comme ils prononcent.
C’est qu’on aime toujours mieux les maux et les défauts auxquels on est accoutumé.
22 août.
Le veuvage les rajeunit.
Notre esprit a plus de pensées que notre mémoire ne peut en retenir; il porte plus de jugemens qu’il ne peut s’alléguer de motifs. Une bonne partie de lui même seroit fort utilement employée à chercher les raisons qui l’ont déterminé et à se constater les apperçus qui l’ont frappé et qui l’ont fui. Il y a pour l’âme une foule d’éclairs auxquels elle prend peu de part et qui la traversent et l’illuminent avec une telle rapidité qu’elle l’oublie. Il est étonnant combien elle se trouveroit avoir vu de choses auxquelles elle n’a pas pensé, si en remontant à tout ce qui s’est passé en elle, on en faisoit l’observation, au moins de souvenir et en approfondissant toutes les circonstances. Nous ne fouillons pas assés et, semblables à des enfans, nous négligeons ce que nous avons dans nos poches pour ne songer qu’à ce qui est dans nos mains ou devant nos yeux.
I. Non, et on l’aime si peu [la morale] que tout ce qui l’annonce, tout ce qui la précède, tout ce qui ne lui sert que d’introduction et d’avant coureur donne à l’attention de tout le monde un mouvement qui la porte à se détourner et la dispose au moins à attendre avec nonchalance ce qui va venir. Aussi ne scauroit elle se présenter trop tôt en personne.
II. Si nos devoirs naissent de notre nature, la morale doit naître naturellement, sans induction expresse et par le seul effet de la clarté de tout ce qui nous donne une idée exacte de notre être. Ainsi de l’idée des deux substances naît celle de balancement; de celle là dérive jusques dans les mœurs, pour cette qualité, un respect qui tourne en pratique et de plus du mépris et de l’aversion pour les excès perpétuels du cœur et de l’esprit, que ce siècle a presque érigés non seulement en vertus, mais même en talens.
La métaphysique conduit à la morale par ses idées comme la morale nous conduit à la vertu par ses préceptes. Je l’appellerois volontiers une morale qui porte au bien sans rien défendre et sans rien ordonner, qui règle les mœurs sans en parler etc. C’est là son grand mérite et son grand intérêt.
III. L’esprit a plus de pensées que son attention n’en peut compter et que notre mémoire ne peut nous en rappeller. Il porte plus de jugemens qu’il ne scauroit alléguer de motifs. Il voit plus loin qu’il ne peut atteindre et il scait plus de vérités qu’il ne peut en expliquer. Il se fait souvent en lui des apperçus rapides, qui produisent pour l’âme l’effet d’un phénomène et d’un éclairement, dont l’impression et les circonstances lui restent, mais dont les causes lui échappent, — inapperçues etc.
Il m’a semblé une fois (et autrefois) que, pour régler l’ordre, le rang et l’utilité des sciences, il faut les disposer ainsi : 1° la physique pour la métaphysique, à qui elle fournit la moitié d’elle même et la commodité d’expliquer l’invisible par le visible; 2° la métaphysique pour la morale. « Méchanique (disois-je alors) dont la métaphysique est la géométrie. » J’ai écrit certainement sur mes tablettes de ce mois et de ce jour (en 1800) ces deux mots de méchanique et de géométrie pour servir de réclame à tout le reste etc.
Je voudrois scavoir si cette manière de raconter ses pensées en disant qu’on les a euës et en quel temps, en quel lieu etc. est 1° ennuyeux, 2° inutile. J’ai entendu des gens de goût se mocquer d’une femme d’esprit qui est dans l’habitude de se citer et de dire souvent : « Je disois en tel temps etc... Je répondois à un tel, etc... » Je trouve dans cette attention à datter ses propres propos et à ne pas donner pour naissant ce qui est presque vieux une sincérité qui me plaît et une exactitude qui ne seroit pas sans utilité pour moi, si j’étois l’écoutant. On s’en mocque, mais au fonds cela déplaît-il à ceux même qui le répètent en ridicule? Quand cela le seroit, il me seroit impossible toutes les fois que je parlerai à cœur et à esprit ouverts, de donner pour récent en moi ce qui est ancien et pour présent ce qui en est absent. Etc.
Nota. Qu’il faut dire « la suprême justice » et « l’extrême injustice », faisant ainsi de ce qui est vertu quelque chose de haut, et de ce qui est vice quelque chose de bas et d’infernal. Lorsque, par véhémence de discours, nous brouillons et déplaçons ces termes, donnant à l’injustice le titre de suprême et celui d’extrême à la justice, c’est un désordre qui peut être admis, car il attire l’attention; il ne détourne point le sens (qui demeure droit) et la passion l’excuse.
Quelquefois « nos ouvrages sont nous ».
En quelque uns, écrire est leur occupation, leur affaire, leur vie; en quelques autres, écrire est leur amusement, leur distraction, leur jeu. En ceux là c’est magistrature, fonction, devoir, inspiration; en ceux ci, c’est tasche, métier, commerce, calcul, propos libre et délibéré. Les uns écrivent pour répandre ce qu’ils jugent meilleur à tous, les autres pour étaler ce qu’ils estiment meilleur à eux. Aussi les uns veulent bien faire et les autres faire à propos; se proposant pour fin, les uns le vrai et les autres l’utile.
Notre phraze nous gêne.
Dans la plaisanterie, on ne dit qu’une partie de ce qu’on pense; on n’envisage dans son sujet que de certains côtés. De là, le style bref et coupé est naturel à cette affection. Il l’est aussi aux esprits étendus qui, voyant au loin et beaucoup, veulent peu dire. Il leur vient par nature; et il vient par nécessité à ceux qui, ayant égard à la mémoire, y veulent faire entrer facilement ce qu’ils vont dire.
Ce que disoit ce roi d’Ethiopie des Perses et de leurs présens; et qu’en effet nos étoffes nous mentent par leurs couleurs et nos parfums par leurs odeurs.
Du style qui nous fait rentrer en nous même.
Méthode (μετα-οδος) = (quasi via). Chemin. Mais si le chemin est mal fait, mal dirigé, mieux vaudroit prendre à travers champs.