Tap the page, move to the top or bottom edge, swipe down, or press Tab to reveal reading controls. Use the arrow keys or swipe sideways to turn pages.
1ᵉʳ mai.
Fleurs dans les cimetières. Il faudroit les en arracher; cette terre les dépare. — Et font sourire les squelettes. Horribles agrémens.
Toutes ces théories où il ne se trouve rien pour la morale sont incomplettes évidemment, puisque cela y manque. Leur inutilité est le signe de leur imperfection. Mais quand elles ne sont plus que des chemins qui aboutissent à des précipices, il est manifeste qu’on s’est trompé de voye. Veux-tu scavoir..., vois où cela conduit. Quelquefois ceppendant la bonne route paroit n’avoir conduit à rien, mais c’est parce qu’on n’est pas encore arrivé et qu’on traverse le désert. Il faut aller jusques au bout. Mais quand le bout est un marais, un gouffre, un abyme, un cloaque, et qu’au delà tu ne vois rien, hâte toi, reviens sur tes pas; ne demeure pas où leur esprit s’est embourbé.
4 mai.
Des plaisirs sans peine, en littérature. Et des peines (attentions, réflexions, conventions, etc.) qui donnent d’extrêmes plaisirs.
[?] ne doit ni s’étendre ni s’élever. Il n’y a personne à qui il fut plus utile et plus séant de se tenir, comme on dit, dans sa coque. Il pourroit y filer un peu de soye. Je ne prétends pas, en m’exprimant ainsi, le dépriser, mais seulement le caractériser. Etre un aigle ou une chenille, dans le monde intellectuel, me paroit à peu près égal. L’essentiel est d’y avoir une place marquée, un rang assigné et d’y appartenir distinctement à une espèce régulière et innocente. Il n’y a que les livres sacrés qui obtiennent un empire étendu et durable. Tous les autres ne font qu’occuper plus ou moins sérieusement les moments perdus de quelques fainéans : ils ne font d’autres biens aux hommes que de les habituer à des plaisirs qui ne leur viennent ni de la chair ni de l’argent. Rendre les hommes spirituels ou leur faire goûter les choses de l’esprit me paroit le seul fruit que leur nature ait attaché à nos productions littéraires. Quand elles ont d’autres effets, c’est par hazard et c’est tant pis. Les livres qui s’emparent tellement de notre esprit qu’ils dégoûtent de tous les autres sont pernicieux. Ils n’introduisent dans la société que des singularités et des sectes. Ils y introduisent une plus grande variété de poids, de règles, de mesures. Ils y troublent la morale et la politique. Il faut laisser régner les bibles et n’aspirer qu’à plaire et non à dominer. Mais il faut aspirer à plaire à la meilleure partie de l’âme. Et à cet égard un petit talent, s’il se tient dans ses bornes et s’il remplit se tasche, peut atteindre le but comme un plus grand.
Sa tête est une chambre obscure où il y a de la clarté. Il y entre par ses deux yeux quelques rayons qui y peignent assés bien en miniature quelques objets. Mais la toile qui les reçoit, au lieu de rester en repos, veut s’agrandir et fait grimacer ces peintures. Je vous assure qu’il y a là quelque chose d’actif qui devroit se tenir passif.
Ses meilleures pensées ne me paroissent pas avoir occupé plus de place dans son esprit qu’elles n’en occupent sur son papier; et sur le papier même chaque place ne me paroit pas être plus grande que le contenu... Il me semble que je vois ces figures de cire qu’on étale aux portes des perruquiers dans des boëtes qui les touchent de toutes parts. — Je ne vois là dans les idées que des points lumineux au centre et de l’obscurité autour. Il n’y a rien là que j’aie trouvé retentissant, rien qui ait roulé à l’aise et librement dans un espace plus grand que soi.
Il a des habitudes de bon style, mais il n’en a point de systhème, il n’en a pas même d’idée.
Écrire grammaticalement suffit quelquefois pour écrire très bien. Quelques-uns écrivent, pour ainsi dire, au crayon. Ils se contentent de dessiner, et à ceux là, il ne leur faut point de couleurs.
Cet opuscule méritoit ce que, dans le jargon de mon temps, on appelloit un succès d’estime. Mais il n’est propre à faire réellement plaisir qu’à ceux qui ne l’aimeront pas, c’est à dire à ceux qui sentiront le mérite que le monde n’y a pas scu appercevoir. Ce monde me paroit semblable à ce grand flandrin de vicomte qui crachoit dans un puis pour y faire des ronds. Il faut à ses lectures peu d’espace, quelque éclat et quelque clarté, des apparences de figures et l’occasion de jetter dans un cercle quelques mots qui y causent du mouvement. Au reste, il est ignorant et tous les faits l’amusent. Il est frivole et par conséquent satisfait quand il a pu lire un livre sérieux sans ennui, car alors il a bonne opinion de lui. Il trouve simple ce qui a de l’uniformité. Ce qui excuse en ceci le monde, c’est que cet ouvrage n’a guère que des défauts imperceptibles.
Il faut toujours qu’une idée et même un sentiment paroissent sortir du sein, du fonds et comme des entrailles de plusieurs autres.
Une obscurité en arrière trouble autant mon esprit qu’une obscurité en avant.
Chateaubriand. Nous habitons les mêmes régions mais nous n’en rapportons pas les mêmes curiosités.
Scavoir marcher dans les ténèbres, oui, lorsque l’on va à l’action; mais lorsqu’on ne veut aller qu’à la lumière et la montrer partout...
C’est dire la chose, mais ce n’est pas en dire la pensée.
Rêver le beau. J’aurai rêvé le beau, comme ils disent qu’ils rêvent le bonheur; mais le mien fut un rêve meilleur, car la mort même et son aspect n’en troublent point la continuité et au contraire ils lui donnent plus d’étendue. Ce songe qui se mêle à toutes les veilles, et à tous les sangfroids, et qui se fortifie de toutes les réflexions, aucune absence, aucune perte ne peuvent en causer l’interruption d’une manière irréparable.
Il y a toujours, dans un mauvais auteur, le commencement, le quart, le milieu d’un grand écrivain.
2 mai.
Impie est la seule injure dont se servent les pieux. Les Saints même pourroient en user parce que l’idée de Dieu est dans ce reproche. Mais les... de scélérats etc. que Laharpe met dans la bouche de son Saint Louis, non seulement ne conviennent pas à une âme céleste, mais ne conviendroient pas même sur la terre à de vrais gens de bien. Il n’y a dans tous ces mots d’autre idée que l’idée du mal.
Les injures des belles âmes ne doivent être que de simples négations des qualités : malhabile, insensible, incapable, impitoyable, etc., incroyable et non absurde.
(6 mai.) — et d’abord sous peine d’erreur, et secondement sous une peine bien plus grande, je veux dire celle d’une détérioration qui se commet en nous inévitablement par cette faute, nos sentimens étant en désaccord avec la vérité des choses. (Et nota : vérité des choses, vérité des discours.)