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L’abbé Delile. — Il y a plus d’art dans ses premiers ouvrages et plus de naturel dans ceux cy. On se souvient plus vite des vers qu’il a fait[s] autrefois, mais on relira plus souvent ces derniers vers qu’il vient de faire.
Ces beautés qui donnent plus d’exercice au goût, à la réflexion, à l’imagination ne sont pas si délicieuses.
Ames... Goûtez les charmes du repos, ce n’est pas de l’inaction.
Vous mettez dans vos jugemens de l’esprit du siècle, de la mode. Eh laissez y dominer votre bon naturel, le good-nature de votre originalité.
Avant que le goût atteigne l’esprit, la raison, l’imagination...
Que les sons s’ajustent au sens, les mots à la pensée, la pensée à l’affection, l’affection à ce qui la cause. Que le son quadre à la pensée.
7 avril.
... parce que, ce qu’il faut mettre en œuvre et ce qu’on doit omettre est infini.
4 avril.
... et je voudrois penser sous verre.
8 avril.
Car il faut que l’idée et la forme première d’un ouvrage soit un espace, un simple lieu où sa matière se placera, s’arrangera, et non une matière à placer et à arranger.
Comitas. Ils semblent toujours de bonne humeur lorsqu’ils écrivent. Ils désaprouvoient dans le style l’austérité qui annonçoit des mœurs difficiles. Apre, triste, sévère étoient chez eux des qualités qui étoient regardées comme défauts.
11 avril, lundi de Pâques.
— Et lorsque Platon disoit que philosopher c’est apprendre à mourir, ô mon cher ami, que vouloit-il dire, si ce n’est que philosopher c’est apprendre à être mort. Toutes les vérités que notre esprit peut découvrir sont une préparation à vivre de la vie immortelle des âmes et une anticipation de leur félicité intellectuelle.
Les dettes abrègent la vie.
« L’homme est né pour moi seul. » L’animal eut raison en jugeant de la destination de l’homme par la seule utilité qu’il en retiroit.
12 avril.
La poëtique est l’âme de la critique comme la morale est l’âme de l’histoire.
« On a dit que le sublime est le naïf du grand. Admirable définition! » (Journal de Paris du 16 germinal, 6 avril 1803.) Il y a en effet toujours du naïf dans le sublime et il dépend toujours de la nature de celui qui voit ou de la nature de la chose qui est vue.
Le diacre Pâris. — O religion! tu donnes une lumière à l’ignorance, une vertu à la faiblesse, une aptitude et une habileté à l’ineptie, un talent même à l’incapacité. Tu donnes aux esprits les plus bornés une existence utile au monde.
Esprits incapables de soin. Et : des pensées qui ont longtemps resté dans l’esprit. « J’ai habité avec la rose. » Et que : le même goût qui nous porte à bien faire nous force à refaire, à faire peu, à faire lentement, en nous rendant difficiles à approuver ce que nous avons fait. Et que : le mieux n’est ennemi du bien que lorsqu’on le cherche et non pas lorsqu’on le voit. Bien plus, on ne fait bien que lorsqu’on scait ou est le mieux et lorsqu’on s’en est assuré, qu’on l’a touché et qu’on le tient en sa puissance. Et que : ce ne sont pas les choses qui plaisent, mais l’impression de lui même que l’esprit y met et y laisse, car il n’y a que l’esprit qui plaise à l’esprit, l’âme à l’âme. Excepté en une seule chose, dont la puissance à laquelle l’esprit prend peu de part est indépendante de la pensée et de la volonté, étant nécessaire à la multiplication des âmes et à la perpétuité du genre humain.