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← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume I
[On Voltaire.]

Que l’ouvrage soit complet et rond.

26 mars.

En effet la parole est le signe de la pensée et l’écriture est le signe de la parole. C’est à dire qu’elle n’est que le signe d’un autre signe.

3 avril.

Sans nombres (disoient-ils) le discours balbutie. Ils admettoient certains nombres dans les compositions oratoires. Par exemple, quelques-uns l’iambique ephorus, le pœan et le dactyle (il rejettoit le spondée et le trochée). Aristote proscrit l’héroïque et l’iambe. Il admet le pœan ainsi que Theophraste et Theodecte. Cicéron veut qu’on les admette tous, mais plus fréquemment le pœan et le dactyle. C’est à dire que les anciens proscrivoient les nombres lents qui s’étalent, pour ainsi dire, arrêtent l’attention et se font remarquer et ils admettoient ceux qui vont vite et entraînent.

Un nombre différent de celui des vers, de tous vers chez eux et de quelques vers seulement parmi nous. Car la nature ne porte point à un certain mélange de temps, et une affectation de longues et de brèves (dont étoient composés les vers des anciens), mais elle détermine invinciblement selon la pensée et le caractère de l’écrivain, à une certaine quantité de sylabes, pour chaque phrase et chaque membre. La nature de l’oreille, la qualité même de l’attention selon les hommes et les peuples, le plus ou moins de vivacité de l’esprit exigeant...

Nota, qu’au delà de douze syllabes il n’y a plus de verc en français, et il y en a d’une. Les anciens au contraire ne pouvoient pas avoir même de temps qui ne consistât au moins en deux syllabes.

L’érudition en roman, et nos contemporains en drame.

Samedi 2 avril.

Le « trop vite » et le « trop lentement » de Pascal. « On n’entend point (dit-il) ce qu’on lit trop vite, ni ce qu’on lit trop lentement. » Voyez le manuscrit de ses Pensées que j’ai vu pour la première fois le samedi 26, revu et lu le lundi 28 mars de cette année. Ajoutez qu’on oublie inévitablement (au moins moi) tout ce que l’on transcript trop vite.

Que les ridicules dont les noms ou la désignation n’ont pas encore été trouvés ont moins d’inconvéniens et pour ainsi [dire] moins d’existence, ou une existence qui n’est pas encore constatée.

4 avril.

Il faut du temps et beaucoup de temps avant que la lenteur du bon goût ait pu atteindre dans sa marche la vivacité de l’esprit (qui est si rapide dans la sienne) et avant que la raison ait atteint l’imagination. Toute perfection est lente; tout ce qui est mûr a mûri lentement. Cela est si vrai que la liaison de ces deux mots est consacrée et dans l’idée et dans l’usage.

L’abbé Delile. Cela n’est pas haut en couleur, mais il y a un bon teint. La poësie s’y trouve comme le sang dans les bras de Mme de V[i]nt[i]m[i]ll[e].

Le bon goût qui repousse les faux plaisirs. Mais il y a dans le vôtre un peu de rigorisme qui s’interdit des plaisirs qui seroient permis.

Partout on y voit l’âme d’un homme qui a goûté les plaisirs et leur a préféré le Devoir, — genre de charme peu commun! Ailleurs la poësie ou se montre trop adonnée au plaisir ou en paroit trop ignorante.

Il y a toujours dans le goût un peu de réflexion ou d’attention seconde.

Les Athéniens étoient délicats par l’esprit et par l’oreille; les Français ne le sont que par l’esprit. — Ils n’auroient pas supporté un mot propre à déplaire, même quand on ne l’auroit que cité.

En effet, « au lieu de liberté dites sûreté et tout le monde s’entendra ».

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