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24 février.
Oui, il entre inévitablement dans la composition de tout bonheur parfait l’idée de l’avoir mérité.
28 février.
« L’ordre se venge », disoit-il; et non par Dieu, mais Dieu est l’ordre.
Par le goût moral, ce qui est jugé criminel ou vil fait horreur à l’intelligence, (comme disoit fort bien cet insensé auteur du livre intitulé La recherche de la vérité en nous même, sous le titre de Rom[e] et cette horreur arrête les mouvemens involontaires du plaisir ou en empêche les effets.
« Le méchant périra ». Jusqu’où se peut étendre le sens de cette parole.
Elle a le corps à gouverner (l’intelligence).
2 mars.
Fléchier. Cette élégance où le sublime s’est caché, est éclat tempéré à dessein, cette beauté qui s’est voilée, cette beauté toute en dedans, cette grandeur qui se renferme en peu d’espace, cette hauteur qui s’est réduite au niveau du commun des hommes, ces formes vastes et qui occupent si peu de lieu (telles que notre esprit lui même), ces phrazes qui dans leur brièveté ont tant de sens, ces profondes pensées aussi limpides, aussi claires que ce qui est superficiel, cet art où la nature est toute entière... Plus de franchise, un plus haut vol...
Fléchier. Pourquoi plus estimé il y a 50 ans qu’il ne paroit l’être aujourd’hui. Pourquoi plus goûté en ce temps là. Pourquoi plus loué par Rolin.
Mme de G[enlis] a raison. « Cela est plus fort que moi » est un propos « vulgaire » et non seulement « vulgaire », comme elle l’appelle, mais plus que populaire, c’est à dire excusable seulement dans ceux à qui leur éducation, la grossièreté de leur vie et la violence de leur honneur n’a pu permettre d’obtenir aucun empire sur eux mêmes.
3 mars.
Quelqu’un disoit d’un asthmatique fort doux et fort patient dans ses souffrances : « On voudroit respirer pour lui ».
[…] mars.
En effet je ressemble en beaucoup de choses au papillon. Comme lui j’aime la lumière, comme lui j’y brûle ma vie, comme lui j’ai besoin pour déployer mes ailes que dans la société il fasse beau autour de moi et que mon esprit s’y sente environné et comme pénétré d’une douce température, celle de l’indulgence. J’ai besoin que les regards de la faveur luisent sur moi.
L’allure naturelle de l’esprit. Et quels mouvemens il faut lui donner pour qu’il ne soit ni fatigué par la vitesse ni engourdi ou impatienté par la lenteur.
[…]5 février.
Il nous fit rois et pilotes en nous donnant le corps et la vie à gouverner.
Vénus aimée de Phœbus obtint de lui quelques rayons de sa lumière. Elle en attacha une partie à son étoile et de là vient ce jour douteux qui est si favorable aux plaisirs. On l’appelle soir et matin ou crépuscule ou demi-jour. Quand cet astre charmant brille seul dans le ciel à la première heure du soir et du matin, le jeune homme est éclairé sans être vu, soit qu’il se rende aux lieux où la jeune fille l’attend avant que la terre sommeille, soit qu’il la quitte le matin avant [deux ou trois mots illisibles]. La déesse employa le reste des rayons qu’elle tenoit du blond Phœbus à faire à l’Amour un flambeau et de là vient aussi cette clarté douteuse et ce jour toujours imparfait qui, lorsque l’amour les éclaire, permet aux hommes de voir toutes les beautés de ce qui leur plaît, mais non pas d’en voir les défauts.
Dimanche 6 mars.
Les raccourcis désagréables dans le style.
Montesquieu est capable d’écarts, non Daguesseau. C’est ainsi que de grands caractères d’hommes sont plus capables de fautes que d’autres plus parfaits, mais moins hardis, moins élevés, moins grands.
7 mars.
Ces phrazes sont des cénotaphes, ou tombeaux vuides. Montrant le plein aux yeux, elles sonnent le creux à l’esprit. Il n’y a pas en elles assés de sens. Un faux cube, des dés pipés. — De certaines formes de phrazes exigent une grande plénitude de sens. Le cube convient au solide, il en donne l’idée : si le solide y manque, il y a mensonge. Le tour sentencieux, si la sentence y manque et n’est dedans... comme Toinette, dans le Malade imaginaire, fait semblant de parler et ne dit rien.
L’attention perdue, l’attente trompée et la prétention sans droit, l’effort où l’on ne peut atteindre...
Style qui étreint et ne prend rien. Qui trop étreint mal embrasse, dit un proverbe, et : qui trop serre et ne tient rien.
Rien n’est pire au monde qu’un ouvrage médiocre qui fait semblant d’être excellent.