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19 mars.
Quand je ne scai quel saint disoit : « Je le crois parce que cela est absurde », ce mot a du sens; il veut dire que la foi ne peut avoir pour matière que ce qui est incompréhensible. Mais ici c’est absolument déraisonner par règles, principes et avec art.
— Et il est quelquefois plus dur que tous les théologiens ensemble. (Vid. pag. 96.)
Pag. 98, 1ʳᵉˢ lignes. « Dieu défend l’athéisme. » Cela est ridicule et très ridicule.
... Pag. 111. O fanatique de noblesse!
De sorte qu’ils naissent avec le devoir d’être Rois à perpétuité et que ceux qui les empêchent de remplir ce devoir sont à perpétuité coupables. Mais s’il y a transmission de nom et non pas transmission de sang, — car nul mortel jusqu’à présent, (dit l’Odyssée)... Et la satyre de Boileau à M. Dangeau.
La société exorte par et pour les individus et non les individus pour et seulement en vue de la société.
Les poètes ont cent fois plus de bon sens que les philosophes, et ceux là en cherchant le beau rencontrent plus de vérités que ceux-ci en cherchant le vrai.
Pag. 127. Quel langage peu convenable et quel abbus du mot amour, abbus qui même est dangereux! — Et à quel ridicule tout cela prête!
Ibid. à la fin. Partir d’une définition et substituer l’abstraction à la réalité lorsque l’objet est sous les yeux est ridicule.
La Chine qui, selon l’auteur, n’est pas ou n’est que peu constituée, subsiste dans l’état où elle est depuis un temps presque aussi ancien que les premières époques de notre histoire civile en occident.
Pag. 129. Il est impossible d’extravaguer avec plus de flegme, de méthode et même de lumières.
Tous ces mots constitué et constitution ont eu dès leur origine en France une obscurité qui leur demeurera toujours. Et pour qu’un mot soit clair il ne suffit pas même d’en définir le sens avec exactitude, il faudroit encore que le son en rappellât facilement le sens à l’esprit, ce qui n’arrive que lorsqu’il y a dans la langue des mots usuels (et d’un usage journalier) qui par le son et le sens ont avec le premier des affinités qui frappent d’abord.
Page 138. « Amour de Dieu et des hommes qui ne peut exister dans les sociétés non constituées. » Quel usage arbitraire des mots!
* Espèce de force d’esprit d’où il résulte une incroyable persévérance à se tromper soi même. Heureux ceux à qui le ciel ne l’a pas donnée!
Un gentillâtre de beaucoup d’esprit et de beaucoup de scavoir, érigeant en doctrine ses divers préjugés.
Peuple juif — hérissé de qualités qui repoussoient (comme le chardon l’est d’épines) affin qu’il ne se mêlât pas etc.
Pag. 149. Cela est d’une déraison qui fait frissonner malgré soi. O raisonneurs!
Mais, raisonneur, si en raisonnement il y a une impossibilité nécessaire, c’est à dire dérivant de la nature même des êtres, que l’homme soit Dieu ou que Dieu puisse se faire homme... C’est ailleurs qu’il falloit chercher vos raisons. Celles que vous faites valoir, pour parler votre langage, peuvent scandaliser les faibles.
* Force qui fait que l’esprit se trompe avec une imperturbable persévérance, comme une autre force fait que l’homme fait le mal avec une hardiesse incorrigible.
* C’est le Dupuis du christianisme.
Pages 165 et 166. Ici l’auteur philosophise.
20 mars.
Il en est de l’esprit comme du courrier dont Horace a dit : Cui male si palpere recalcitrat undique tutus. Il faut scavoir le manier.
* Il se trompe avec une force!!
Pag. 192. O singulière conséquence! Il semble qu’on y tombe par un casse-col et l’esprit se sent quelque chose de démis.
* Mais, à ce compte, la société constituée, comme il l’appelle, est impeccable.
Pag. 215. Don. Mais tout ce à quoi la volonté n’a pas de part n’est pas un don.
* Pourquoi ne fait-il pas de [la] littérature une profession sociale? C’est qu’il la juge inutile.
* Donc. Tous ses donc impatientent et donnent envie de le contredire.
* Il n’y a dans tout cela que l’attitude et l’insistance d’un homme qui affirme fortement.
Pag. 120. Mais ce don, que lui coûte-t-il? En le donnant, de quoi se prive t’il et que donne t’il là qui soit à lui?
Il part toujours de ce qu’il appelle ses principes comme s’il partoit de ceux du lecteur, avec la même assurance... Cela fait frémir le bon sens.
21 mars.
Certes il n’est pas fou, mais il est affolé.
Pag. 234. Il défile sa ratelée.
* L’eau aussi bien que le vin. Très bien remarqué.
* Dans le resserrement et l’obscurité du cabinet. En vérité il y a etc. — qu’on n’écrivit jamais au soleil (et en se promenant).
* Que les loixs soient semblables, passe. Mais les polices!
* Littérature. Elle est au pouvoir, mais n’a jamais été pouvoir constitué.
Pag. 260. Est-[ce] que le mahométisme n’a pas le sacrifice de l’aumône, celui du jeûne, du pèlerinage, de la dixme dans certains cas?
Id. Si peu philosophie qu’elle est toute révélation.
[…] mars.
Hélas; tous les cerveaux sont creux et tout songeur est songe-creux.
Pag. 265. « n’ont prêché que leurs propres pensées ». En effet, pour réussir, il faut prêcher des pensées propres à devenir celles de tout le monde.
Pag. 283. Tout lui est bon en citation : N.N.N. l’abbé Pluquet, l’abbé Barruel, Turpin même, etc.
* Plaisant bel esprit que Calvin. C’est Erasme qui l’étoit. — C’est du fanatisme, mais ce n’est pas un fanatisme de volonté, c’est un fanatisme de conviction. Conviction qu’il se fait lui-même à lui-même.
Pag. 307. Celui-ci par exemple auroit bien mauvaise grâce de reprocher à Homère ses répétitions.
Pag. 379. Il est vrai en effet que l’amour réunit le volontaire au forcé. Platon eût aimé ces idées et ces expressions. L’auteur réunit souvent des idées aimables et platoniques au ton sèchement dogmatique, impérieux, austère, affirmatif et tyrannique des raisonneurs des écholes modernes.
Il a toujours sur ce mot des développemens presque indécens... [illisible.]
Pag. 382. Sur la liberté. Il croit prouver parce qu’il se prouve; mais on ne prouve pas par la force des mots, à moins qu’elle ne soit en même temps force des choses, ou du moins force de la pensée qu’on a des choses. (Nota. cela bᵒ).
Ses définitions et les choses lui paroissent absolument identiques,
partout où il y a conséquence, il croit trouver vérité.
Il n’est pas pointilleux en objections, mais en preuves. Ses propositions sont souvent plus claires et plus vraies que ses preuves.
On ne peut pas être plus esclave qu’il ne l’est de ses propres idées, surtout dans ces passages où il parle de liberté.
Il donne à ses expressions un rigorisme de sens qui tirannise l’attention.
Que disoient-ils qu’il ne scait pas écrire? Il scait écrire certes, et écrire parfaitement; mais il ne scait pas plaire.
Il y a pour l’art de plaire en raisonnant une espèce de poétique.
* On n’a jamais approfondi à ce point la question du catholicisme et de la monarchie.
* Amour. Il semble toujours parler, si on prend garde à ses explications, non de l’amour qui fait qu’on aime, mais de l’amour qui fait qu’on est amoureux; ce qui est assez singulier dans un livre et de la part d’un homme voués à la défense d’une religion dont le caractère est d’être austère autant qu’aimante.
Pag. 403. [408!]. Le rétorsion seroit si aisée, mais il s’y expose avec une sécurité vraiment aveugle.
Pag. 410. Et il vient de faire mention de l’Italie! (Vid. loc ) Non seulement il veut des hommes très aimans, mais des hommes très amoureux, et il semble ne regarder comme aimans que ceux qui sont amoureux. Cette doctrine est peu d’accord avec l’austérité des docteurs catholiques et même avec la saine phisiologie de l’homme moral, car l’expérience nous apprend que ce sont les amours réprimés qui rendent l’âme très tendre.
Pag. 410. Va t’en à la Chine et lis Hao-Kiou-Koan, tu verras mieux.
* Dire, par exemple, que tout amour, et même celui de Dieu, se produit nécessairement par l’action des sens, c’est abuser des termes. Il veut dire par des actes ou actions; mais alors le mot sens n’est pas convenable. Mieux auroit valu dire par les membres, qui eût été ridicule, mais plus exact. Le mot sens s’entend de ce qui est sensuel.
Pag. 419. La société en général (dit-il) est Dieu, l’Homme et la propriété. Il fait donc de la propriété un être, une personne. Encore un abbus de mots.
Mais l’abbus est bien relevé par ce qui suit : « ainsi, (dit-il), un peuple constitué doit avoir l’amour de Dieu, l’amour des hommes et le mépris de la propriété. » pag. 421.
Pag. 437. Il ne faut pas « dépasser la perfection ».
* Oracles, et les reliques?
* Très sociale (dit-il) « parce que les devoirs ne peuvent en être bien remplis qu’en société ». Très bien remarqué.
* Il répète ou plutôt récite etc. Mais il semble que par là même le catholique isolé, séparé de la société, auroit moins de ressources pour conserver sa religion que le calviniste dont l’auteur dit lui-même que, pour pratiquer la sienne, il n’a besoin que de Dieu et de la sienne.
* On reprochoit aux révolutionnaires de sacrifier les citoyens à la patrie; et celui-ci ne sacrifie t’il pas un peu trop le membre au corps, l’individu à la famille, la famille à la société, etc.?
J. V. pour tous, mais aussi pour le petit nombre et pour chacun.
* Il y a bien du gentilhomme dans tout cela.
* Tant de mépris pour les autres religions en amène l’intolérance et insensiblement la persécution. — Qui empêcheroit de voir dans toutes les religions autant de cercles d’inégale grandeur, mais concentriques?
23 mars.
Nota. Qu’on a beau faire et que c’est toujours une à une que les lecteurs entendent, admettent ou rejettent nos pensées. Le seul moyen de les leur communiquer toutes ensemble et de les disposer dans une telle perspective et de les éclairer d’un rayon de lumière tel que tout esprit puisse les voir toutes à la fois d’un seul coup d’œil.
Qu’il faut faire aimer ce qu’on dit; et que pour cela il faut l’arranger tellement que l’on puisse l’aimer soi même et y déposer son amour.
* Voilà le carillon qui part, le mot qui est le signe de la détente, image qui fait retentir la pensée.
* L’esprit avale sans mâcher; il s’engraisse, il s’empâte, mais il se nourrit mal.
* On croit entendre un carillon d’horloge qui, à des temps fixes, répète un air qu’on a mis dans son méchanisme.
* Il faut bien distinguer la subtilité où l’esprit est conduit par la nature des sujets de celle qu’il se forge, pour ainsi dire, par sa propre exiguité.
* Tous ces projets de mouvement en imagination ont quelque chose de puéril; et il faut les laisser à l’abbé Lubersac. En résolution et en exécution, ils deviennent imposans par la consistance, qualité par laquelle seule ils peuvent exister.
(Tome 3). Il parloit comme un gentilh.; maintenant comme un ennobli.
Pag. 34. Esprits subtils. Il n’y eut jamais d’esprit pénétrant qui ne fût un esprit subtil. Et les subtilités (non de raisonnement, mais de pensée) sont indispensables. Vous en avez beaucoup, monsieur; mais, parce que vous employez des mots presque matériels, vous croyez être plus solide.
Pag. 38. Pourquoi Dieu ne détruiroit-il pas?
* En effet, ils veulent bannir l’émulation et ils proposent des prix pour la course. Que le but soit la science ou un gâteau, qu’on exerce l’esprit ou les jambes, il y a toujours concurrence et par conséquent émulation.
Pag. 84. « La Médicis », « la Maintenon » : ces expressions dédaigneuses étonnent dans l’auteur.