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23 mars.
Production (de l’homme) — et toutes ces choses qui se font sans que nous y pensions. Y penser est donc au moins une perte de temps, un détournement de l’esprit de ses véritables affaires.
Perfection des corps. Mais leur imperfection (maladie, langueur, détérioration, destruction) est aussi un moyen de Dieu, un moyen nécessaire à l’amélioration des esprits. Et Pascal qui disoit : « l’état naturel etc. » trouvoit donc que la maladie est un état où l’on se perfectionne. Il dit ailleurs qu’elle nuit à l’esprit, oui, mais en disant aussi que la santé lui nuit.
Tout rire vient d’une attente trompée, c’est à dire de l’assurance du prometteur et de sa confiance démentie par l’effet, surtout quand cette confiance est manifestée par la contenance encore plus que par les discours.
25 mars.
La révolution a chassé mon esprit du monde réel en me le rendant trop horrible.
Ces idées qui disposent l’esprit à produire la vérité.
En morale (science de pratique et de circonstance) l’individu est fait pour la société. Mais en métaphysique (et même en religion), science des essences réelles, la société est faite pour les individus.
Force de détermination (dans les opinions). Quelle est son influence sur les opérations de l’esprit. On la confond trop avec la force d’esprit qui consiste à concevoir, parce qu’elle paroit avoir les mêmes effets.
D. G. de ce qu’il a fait de mon esprit une chose légère qui est propre à s’élever en haut.
« Si J.-J. s’étoit fait chartreux (dit-il) l’Europe n’eût pas été bouleversée. » On peut dire au contraire que si M. N. n’avoit été que philosophe, moins et beaucoup moins d’erreurs et de grandes erreurs, eussent prévalu.
26 mars.
... et en quelque sorte ouvrir la veine à la vanité de peur que l’homme ne la garde en soi trop entière et n’en devienne surmené. Il lui faut des écoulemens, pour ainsi dire, journaliers. (Vanité concentrée.)
22 mars.
Perfectibilité. — Que M. de B[onald] lui-même prenne garde à ce mot si propre à induire en erreur. Tout développement n’est pas un perfectionnement. Il n’est le plus souvent qu’un déployement d’une perfection égale, mais qui se rend plus extérieure en un temps que dans un autre. Il seroit ridicule par exemple de penser que le christianisme des apôtres étoit moins parfait que celui des sᵗˢ.
18 mars.
(Lecture de la Théorie du Pouvoir, tome 2ᵉ.)
On pourroit dire : « Je ne scai pas si cela est vrai pour Dieu, mais cela est évident pour nous. »
Il y a vouloir (c’est à dire plus que tendance) dans les animaux; mais vouloir est peut-être moins que volonté.
... Il faudroit en effet faire admirer d’abord les effets d’une machine et faire naître une vive curiosité avant d’exposer à l’attention le méchanisme des rouages.
... Et à ce propos observons que les écrivains à systhèmes présentent ordinairement (et à tort) leurs opinions à leurs lecteurs dans un ordre inverse de celui où eux même les ont reçues.
Et observons aussi que la manière dont chaque esprit opère en secret (sa méthode) est analogue à son caractère particulier, à ses habitudes. Donc etc. Donc, veux-je dire, il vaudroit mieux dans la manière (ou méthode) d’exposer ses opinions, avoir égard au caractère commun et aux habitudes des autres esprits qu’à ce qui nous est particulier; ou du moins il faudroit assortir ce qui nous est original à ce qui est original aux autres.
... Il a tort de faire de Locke le chef des philosophes sensualistes. Si Locke s’occupa des sens, ce n’étoit pas par goût, mais par besoin pour son systhème. Au lieu que ses successeurs ne se sont occupés de la pensée que pour admirer les propriétés des sens.