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← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume I
[LOCKE]

On ne scait bien quoi que ce soit que lorsque l’on le scait après l’avoir appris il y a longtemps.

19 mars.

— Et, en effet, s’il ne s’agissoit que de se faire entendre, cela seroit aisé, mais il faut se faire écouter.

Des opinions qu’on n’a que par enchaînement. Prendre garde aux effets de l’enchaînement de nos idées sur la liberté de notre esprit propre. Nous nous enchevêtrons nous-même. (Embarlificotage.)

Des cas où l’esprit, qui croit avancer et opérer ne fait en quelque sorte que tripotter et se livrer au remuement.

Il n’y a rien que le philosophe doive éviter avec plus de soin dans son style que ce qui est musical ou poétique dans les sons, parce que, etc., etc. Poétique par ses idées, dramatique par ses tournures, tous ses mots doivent être brefs, tels que ceux d’un homme qui parle, mais d’un homme qui parle bien. Rêverie, vivacité, sincérité, voilà ce qui doit se faire sentir dans toutes ses compositions.

Il faut que la danse donne l’idée d’une légèreté et d’une souplesse, pour ainsi dire, incorporelles. Tout l’effet des beaux-arts a pour mérite unique et tous doivent avoir pour but de faire imaginer des âmes par le moyen des corps. C’est une règle principale, ou un principe.

L’objet de toute représentation est donc de donner une idée, mais une idée fixe et qui ait lieu infailliblement toutes les fois que la représentation sera vue et revue. Or, pour y parvenir, il faut que la représentation soit très déterminée, c’est à dire très exacte et très achevée dans toutes les parties qui doivent produire l’effet complettement.

Mais les arts qui ont [pour] moyen et pour unique instrument le mouvement ont dans leurs procédés quelques légères différences, dont la plus remarquable est que leurs fautes éloignent moins du but que leurs beautés n’en approchent, — parce que les premières, étant fugitives et glissant pour ainsi dire de la mémoire, elles n’empêchent pas les secondes d’y faire leurs impressions. On les perd si vite de vue qu’elles en sont faciles à être oubliées.

Garder toujours les tours de force pour la farce. C’est encore ici une autre règle et un principe secondaire, dépendant du premier. Ces tours ne déplaisent que comme déplacés et non par eux mêmes, car ils ont une expression déterminée et ils sont bons à donner une idée d’une souplesse et d’une légèreté à laquelle on ne peut atteindre par eux. Ils montrent la beauté absente dont j’ai autrefois tant parlé. Voilà leur véritable emploi. La balourdise des Paillasse (cette balourdise scavante) explique ce que je veux dire.

20 mars.

Pascal, qui naquit, vécut et mourut malade. Voltaire eut toujours la fièvre au cerveau, mais sans délire. J.-J. dit qu’il fut infirme dès l’enfance. Montesquieu avoit une vivacité qui étoit presque une maladie.

Esprits faux et bornés. Ces deux mots ont un sens qui les rend comme inséparables. Et observez que l’esprit faux est toujours un esprit rigide. La rigidité donc borne l’esprit, et l’esprit est faux plus souvent par sa doctrine que par sa nature. Tous les esprits bornés, s’ils sont actifs, sont des esprits faux.

Toute folie d’esprit vient de trop de tenue, de tension et d’exclusive attention.

Parce que là on ne pourra plus se repentir.

21 mars.

Images, comparaisons. Utiles et nécessaires affin de rendre double l’impression des idées sur l’esprit en leur donnant à la fois une force physique et une force intellectuelle.

Cela est vrai, un roi sans religion paroit toujours un tyran.

22 mars.

Amour. Avec quel soin les anciens évitoient tout ce qui pouvoit en rappeller (non les plaisirs) mais du moins le méchanisme, le jeu.

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