Tap the page, move to the top or bottom edge, swipe down, or press Tab to reveal reading controls. Use the arrow keys or swipe sideways to turn pages.
ANNÉE 1783
Hesiode
— Les maladies font leur ronde la nuit et le jour les maux viennent en silence. Car Jupiter les fit muets ; admirable prévoïance !
Ibid.
Au temps du chant de la ciga’le... alors les femmes sont folâtres, les hommes abbattus et mols... le vin est bon et les chèvres sont grasses.
Ibid.
... toi qui es un homme, garde-toi de laver ton corps dans les bains destinés aux femmes. Car c’est un mesfait dont la punition est grieve...
Ibid.
... ne t’avise pas de souiller de tes excrémens l’eau des fontaines ou l’eau des fleuves qui portent leurs eaux à la mer ; et prends-y garde.
Ibid.
... et je ne te donnerai plus rien, ni ne te prêterai davantage. Insensé Persès, travaille.
Ibid.
... ou commerce, comme a fait mon père qui fut le tien, insensé Persès.. lequel abbandonna Cumes en Eolie... fuïant la pauvreté si haïssable... et vint dans un misérable village, au pied de l’Hélicon. Ascra, tu es funeste en hiver, incommode en été, et pour le dire, tu n’es bon en aucune saison...
Ibid.
Et ceppendant je n’ai point traversé la large mer... si ce n’est une fois pour aler d’Eubée en Aulide... où je me fais honneur d’avoir remporté pour prix de mes vers un trépied doré, que je consacrai aux muses habitantes de l’Hélicon.
au printemps de 1783.
(Au dos de ce feuillet :)
La quenouille des parques étoit l’image du temps. Les fils roulés autour du fuseau représentoient le passé, celui qu’elles filoient entre leurs doigts étoits le simbole du présent, et l’étoupe encore informe et confuse atachée à la quenouille étoit la figure de l’avenir.
— Qui m’expliquera (dit Mercier) pourquoi toutes les personnes appliquées spécialement à guérir les plaïes, à soigner les maladies, et qui vivent avec les êtres souffrans, ont pour les plaisirs des sens un penchant beaucoup plus vif que celui qui anime les autres hommes ?
[Juin 1783. — Descartes.]
Mais dont j’aime la hardiesse...
Il parle des rêves en homme sage et dit que l’opium en procure de délicieux. Il remarque fort bien que les impressions tristes qu’on éprouve dans les songes sont plus tristes que celles qu’on éprouve dans la veille, comme les impressions agréables sont plus agréables. Il en indique habilement la cause dans la nature de l’imagination, gênée dans ses opérations par la présence des objets ; plus les objets sont éloignés plus elle est libre. Elle n’a de borne alors dans ses productions que ses propres forces et sa vigueur naturelle.
N. B. Descartes se félicite dans une de ses lettres de n’avoir pas la nuit des idées plus fâcheuses que le jour...
N. B. Ce qui, dans leurs passions primitives, rend les hommes méchants (dit Jean-Jacques) c’est lorsqu’ils s’occupent plus des obstacles pour les écarter que du but pour y parvenir.
Meubler sa tête d’idées charmantes, et son cœur de sentimens délicieux... (Jean-Jacques justifié par Rousseau.)
En 1783, juin.
Une impression agréable, lorsqu’elle est courte, c’est plaisir ; lorsqu’elle est longue, c’est volupté ; lorsqu’elle est permanente, c’est le bonheur. Un bonheur causé par des impressions douces, flatteuses, que rien n’interrompt ni ne trouble, c’est félicité.
« Il n’y a point (ajoute La Mettrie) de souverain bien si exquis que le grand plaisir de l’amour. »
Les causes du bonheur sont dans l’éducation, dans la philosophie, dans l’organisation. Le bonheur qui provient de cette dernière cause est le plus constant (dit cet auteur) et le plus difficile à ébranler ; il a besoin d’alimens ; c’est le plus beau présent de la nature.
Nota. Il cherchoit une espèce de bonheur qui fût également facile et qui pût également convenir aux riches, aux pauvres, aux sots, aux gens d’esprit, aux honnêtes gens, et même aux méchans. Recherche folle.
Une grande multitude donne aux uns le besoin de l’éloquence, et met les autres dans la nécessité d’être éloquens.
[Juillet 1783.]
L’attitude ordinaire des Asiatiques peut leur inspirer de la mollesse dans leurs mœurs. Mais notre attitude doit nécessairement nous inspirer de la roideur et de la sécheresse dans les nôtres ; et je ne sais lequel de ces deux défauts est le pire.
On dit qu’il faut dix mille mains pour former une épingle. Il en est de même de tous les objets de notre luxe. Un pompon occupe presque autant d’hommes qu’en occupa la plus haute pyramide de l’Egypte. Je ne connois pas de réflexion aussi propre à rendre ridicules et mesquins aux ïeux d’un homme sensé tout ce qui sert d’ornement à nos maisons ou à nous-mêmes.
Oh ! que nous sommes loin d’être sensuels, puisque nos sens ont des plaisirs si difficiles et si chers !
Vos jets d’eau rafraîchissent l’air ; à la bonne heure ! Mais pourquoi donc les placés-vous loin de vos arbres et de vos bosquets ? Croés-vous que dans vos jardins on ira chercher la fraîcheur au soleil ?
C’est que les lieux les plus exposés au soleil ont plus besoin d’être vivifiés par des vapeurs humides. L’herbe croît au pied des arbres, mais elle meurt loin de l’ombre. Les jets d’eau ont été faits pour les plantes et non pour les hommes.
A la bonne heure, encore une fois ! Mais, dans ce louable dessein, il vaudroit peut-être mieux mouiller leurs pieds que leurs tiges. Peut-être il vaudroit mieux établir des ruisseaux que des cascades et préférer l’eau qui coule à l’eau qui jaillit.
[En juillet 1783.]