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4 novembre.
Cette lumière éclaire assés pour nous montrer où nous allons, mais non pas assés pour scavoir où nous passons et où nous sommes.
5 novembre.
Du malheureux besoin de se plaire à soi-même.
[…] novembre.
Deux sortes d’éloquence. Celle qui tend à communiquer nos enthousiasmes et celle qui tend à communiquer nos passions. Dans l’une, tout vise au repos et à la lumière; tout dans l’autre tend au contraire à l’ardeur et au mouvement.
[…]0 novembre.
Qu’importe en effet que les idées soient innées ou ne le soient pas, si nous les avons inévitablement et presque aussitôt que les premières notions (notions communes à tous) qui leur servent, dit-on, d’origine et de matériaux?
Sur l’adoption (Débats, 3 brumaire an 10). « Et l’adoption, de quelque prestige qu’on l’environne, n’est à mes yeux qu’une insolente parodie de la paternité. » Cet usage eut d’abord pour origine la vie sauvage et guerrière.
[…] novembre.
Tout ce qui me paroit faux n’existe pas pour moi. C’est pour mon esprit du néant qui ne lui offre aucune prise. Aussi ne scaurois-je point le combattre, le réfuter si ce n’est en l’assimilant à quelque chose d’existant et en raisonnant par quelque voye de comparaison.
[…] novembre.
Newton. Que sa poire était mure.
La fatuité est contagieuse, parce qu’elle réjouit à la fois celui qui l’a et celui qui la voit.
Bannissez des mots toute équivoque, toute indétermination; faites en, comme ils disent, des chiffres invariables : il n’y a plus de jeu dans la parole et dès lors plus d’éloquence et plus de poésie; tout ce qui est mobile et variable dans les affections de l’âme demeurera sans expression possible. Mais que disois-je, bannissez... Je dis plus. Bannissez des mots tout abus, il n’y a plus même d’axiomes. (Vid. d’Alembert, Discours sur l’Encyclopédie.) C’est l’équivoque, l’incertitude, c’est à dire la souplesse des mots qui est un de leurs grands avantages pour en faire un usage exact.
[…]1 novembre.
Dieu mesure le temps comme nous; mais ce n’est pas par ses successions, c’est par les nôtres. Le temps du repentir et celui de la faute sont-ils les mêmes à ses yeux? le temps de nos corruptions et celui de nos innocences?...
L’homme se peint lui-même dans ses ouvrages et ne parvient à les trouver beaux qu’en leur donnant ses propres proportions ou des proportions correspondantes aux siennes, non toujours à celles qu’il voit en lui-même, mais à celles qui y sont cachées et qu’il ne se rend visibles que dans ces imitations qu’il en fait à son propre inscu.
De l’imitation donnée pour fondement principal aux beaux arts, et que cette doctrine est plus vraie et a un sens plus étendu qu’on ne le croit : que l’homme s’imite soi-même.