Tap the page, move to the top or bottom edge, swipe down, or press Tab to reveal reading controls. Use the arrow keys or swipe sideways to turn pages.
14 octobre.
Il n’y a guère d’exflorescences que dans celles des matières brutes qui se forment en masses par l’atraction ou impulsion de leurs particules et dont les molécules diverses sont douées au sein de la terre d’une sorte de force végétative qui les rend en quelque manière participantes de la vie. Tels sont les métaux et parmi les métaux ceux que nous nommons les plus purs comme l’or, le cuivre, le mercure. Il y a en eux une énergie d’où procèdent des émanations qui nous les rendent malfaisans lorsque nous nous en fabriquons des vases où nous prenons nos alimens...
Eh! ne voyez-vous pas que pour être un grand métaphysicien il faut nécessairement que l’équilibre des nerfs soit rompu de temps en temps, mais légèrement ou rarement, sans quoi nous serions et resterions fols. Et ne voyez-vous pas aussi que la poësie se compose d’ignorances mises en œuvre par l’habileté de l’esprit et a pour cause la vivacité extrême d’une raison extraordinaire en faculté d’appercevoir, mais incapable de réflexion quand elle opère avec toute son énergie? Tout grand talent vient d’une maladie, d’un contrepoids mal établi où le vital est le plus faible et l’organique le plus fort. Maladie animale, mais force et santé de l’esprit; dérangement conforme à l’ordre, car il provient uniquement de ce qu’entre nos deux principes l’excellent a prédominé. Cette prédomination cependant a ses règles et ses mesures; et, en admettant tout, le plus ne doit pas aller jusqu’au trop. Sans quelque proportion dans ce dérangement, il y auroit ruine et ce ne seroit plus seulement l’équilibre qui se romproit, mais la balance.
Je dis donc que la raison du poète est une raison supérieure, incapable de réflexion quand il opère. Demeurer en harmonie en excédent, voilà la condition indispensable.
15 octobre.
Cette girouette française dont Voltaire est le pivot.
16 octobre.
Les progrès du pendule. Remplir sa tâche dans le point où l’on se trouve et scavoir, quand nous avançons, que nous rétrograderons et, quand nous rétrogradons, que nous r’avancerons.
18 octobre.
Kant. — Cet esprit a toujours devant les yeux quelque lueur, mais jamais aucune clarté. « Je me pique (dit-il quelque part) d’ignorer ce que tout le monde scait. » Il est au reste doué de la faculté de se représenter longtemps ses propres abstractions et de leur donner à ses yeux de la consistance et une durée presque absolue. Il a une grande puissance et une grande patience d’attention. Esprit tenace : c’est ce qui l’a rendu propre à établir très bien quelques principes généraux de la morale. Il semble croire que nous avons dans nos idées quelque chose de plus invariable et de plus indestructible que dans nos sentimens et dans nos penchants naturels eux-mêmes. Voilà pourquoi il regarde le mot devoir comme un mot si fort et si important. Toute bonté lui paroit molle et presque fluide, et tout sens du droit lui paroit inflexible. Aussi en tire-t-il sa règle.
Ne choisir pour son épouse que la femme qu’on choisiroit pour ami si elle étoit homme.
23 octobre.
... soi-même en louables dispositions et ses biens en bon état.
24 octobre.
La question « si le divorce est utile ou non » est la même en morale que le seroit en politique celle-cy : « Est-il utile à un état de pouvoir quand il lui plaît répudier ses gouvernemens? » Mais, dira t’on, la volonté publique est difficile ou même impossible à constater, au lieu que etc.
27 octobre.
Comptables de leurs actions — Mais, pour moi — et ce sont mes pensées dont je rendrai compte.
28 octobre.
La religion attache puissamment aux morts.
En seroit-il de la vertu pour la société comme de la santé pour chacun de nous? et n’en connoîtroit-on le prix qu’après qu’elle seroit perdue?
Beaux ouvrages. Le génie les commence, mais le travail seul les achève.