Tap the page, move to the top or bottom edge, swipe down, or press Tab to reveal reading controls. Use the arrow keys or swipe sideways to turn pages.
[SUR KANT.]
Kant (Emmanuel). Il a beaucoup écrit. Ses idées de critique (ou examen) des principes de la raison pure et practique (c’est à dire de la métaphysique et de la morale), du jugement (ou goût dans les beaux arts), du droit (civil et politique), théologie, etc. lui vinrent tard. Son premier ouvrage en ce genre (la Critique de la raison pure) fut imprimé à Riga en 1781 ou 2. Kant avoit alors près de soixante ans. Ses premières idées, parmi les dernières qu’il a adoptées, ne commencent à se débrouiller que dans son discours « de mundi sensibilis atque intelligibilis forma et principiis » prononcé à Kœnigsberg en 1770 : il avoit alors cinquante-six ans. Nous avons de lui, traduits en français, les Observations sur le sentiment du beau et du sublime, publié[es] par l’auteur en 1764; le Projet de paix perpétuelle, 1788; l’Idée d’une histoire universelle écrite dans des vues cosmopolites, 1784.
Charles Devillers, dans sa traduction de l’Idée d’une histoire, publiée en 1798, avoit annoncé qu’il comptoit livrer incessamment au public la traduction du livre intitulé « Critique de la raison pure ». Mais il n’a pas tenu parole. Il ne fait pas même mention de cette promesse dans le livre qu’il vient de publier (août 1801) sous le titre d’ « Exposition de la philosophie de Kant ». La traduction latine qu’on a des œuvres de Kant est écrite d’un style dur, obscur, embarrassé. C’est du vrai latin allemand. Il faut pourtant s’en contenter. La traduction est de Frédérich Gottlob Born, dédiée à [blanc]), 1796, 97, 98. Leipsick.
Nota. — Kant paroit s’être fait à lui-même un langage pénible. Et, comme il lui a été pénible à construire, il est pénible à entendre. Ce qui a fait souvent sans doute qu’il a pris son opération pour sa matière. Il a cru se construire des idées en ne se construisant que des mots. Mais il y a dans ses phrases et ses appréhensions quelque chose de tellement oppaque (et brun) qu’il ne lui étoit guère possible de ne pas croire qu’il y avoit là quelque solidité. C’est le danger où fait naturellement tomber l’esprit de celui qui l’employe un style [ ] et lourd. Nos transparences et nos légèretés nous trompent moins. Il y a un sujet à traiter. Le voici : « Des tromperies que l’esprit se fait à lui-même, selon la nature du langage qu’il employe. » Celui de Kant (langage) est composé de mots abstraits très positifs (c’est à dire d’ombres épaisses). Et ces mots, il les a souvent faits lui-même. A reçu d’eux, par conséquent, toutes les impressions que nous font les réalités.
Le mot de Hume sur le lien de la cause et de l’effet le frappa. Il se sentit réveiller de son assoupissement scientifique et son esprit se dégourdit de la froide langueur où il étoit tombé depuis longtemps.
« Puisque ma destinée est d’aimer la métaphysique (dit-il ailleurs) et de l’aimer uniquement. »
31 août.
Son livre seroit donc très bien appellé Critique ou discernement de ce qui (dans nos pensées) appartient à notre esprit seul et non aux objets du dehors.
Vraie grammaire philosophique.
Nous voyons donc le temps en nous.
L’objet de la morale est le devoir. La fin est la vertu. Sa vertu propre et le bonheur d’autrui, voilà la double fin de l’homme. [Le] bonheur est [sa] destination suprême. Ce n’est pas ce qu’il doit chercher; mais seulement ce qu’il peut obtenir et attendre s’il en est digne.
La loi règle l’action. La morale règle la règle.
Il faut que chaque homme ait en soi une force qui fasse plier ses actions même les plus secrettes à la règle. Chacun doit être le magistrat, le roi, le juge de soi-même.
Bienveillance infinie, bénéficence ou bienfaisance bien réglée. (Il veut que l’amour et la haine ne puissent pas être ordonnés; pourquoi pas?)
Point de vertu sans de l’ascendant sur soi-même.
Ἀπάθεια : espèce d’inébranlabilité indispensable à la vertu.
Kant. Il se trompe. La mesure de toutes choses est (non pas l’homme, non pas l’esprit de l’homme, mais) l’immobile pour le mobile, l’infini pour le limité, le même pour ce qui est changeant, l’éternel pour le passager. Dieu est aussi nécessaire à la métaphysique qu’à la morale.
2 septembre.
Et votre style alexandrin...
Si nous avons cette destination, pourquoi la vie nous est-elle donnée sinon pour nous y rendre propres; mais nous y rendre propres n’est pas assés : il faut encor nous en rendre dignes. La dignité, dit Kant. Eh! bien, soit, adoptons ce mot, mais dans le sens que nous disons.
Instrumens de ses desseins, nous les accomplissons sans notre participation par le cours de notre existence. Obligés à sa volonté, nous ne pouvons la contenter que par la nôtre. Nous faisons malgré nous et à notre inscu ce qu’il a résolu, mais non pas ce qu’il veut de nous. Notre liberté nous rend à cet égard indépendans de sa puissance. Ainsi notre fortune et le cours des événemens viennent de Dieu; nos fautes viennent de nous seuls...
La circulation de la vie d’un homme dans un autre et d’une génération dans une autre génération est-elle donc un spectacle dont la contemplation puisse lui suffire? — Mais, disent-ils, il a d’autres desseins. — Si vous mêmes nous authorisez à lui supposer des desseins, pourquoi ne lui supposerions-nous pas ceux que tout nous fait présumer et qui se présentent si naturellement à notre esprit?
Cette destination une fois admise, deux tâches nous sont imposées. La première est de nous y rendre propres, la deuxième est de nous en rendre dignes. Cette destination est double : 1° connoître; 2° être heureux. La lumière et le feu seront notre éternel partage : la lumière de Dieu, le feu de son amour.
Pour y devenir propres, il faut s’exercer à connaître ce que le monde ne montre pas et ce qui demeure purement inintelligible tant que nos sens nous en dérobent la présence. Tout ce qui élève la pensée des hommes vers [ ], tout ce qui le leur fait imaginer, les rend propres à la 1ʳᵉ de ces destinations, et tout ce qui [ ] les rend dignes de toutes deux.
Notre pensée — tombe bientôt sur le devoir. Le devoir! etc.
A l’égard de nous-mêmes, c’est l’indépendance des sens. Et, à l’égard d’autrui, c’est l’assiduité à l’aide, au support, au soutien. Aide au bien-être, aide au bien-faire, au bien-vouloir, au bien-souhaiter. Aide par le concours et par la résistance, par le don et par le refus, par la rigueur et la condescendance, par la louange et par le blâme, par le silence et les paroles, par la peine et par le plaisir. Voyageurs du même moment, habitans de la même terre, compagnons de la même route, roulans dans la même voiture et destinés au même gîte, nous devons tous nous entraider et, lorsque nous arriverons, il faudra d’abord rendre compte de ce que nous aurons fait les uns pour le bonheur des autres, pour le bonheur ou la vertu : un souris nous sera payé.
(Autant la dépendance des sens nous sert pour accomplir les vastes desseins du grand [ ] et pour aider nos compagnons, autant elle est, etc., etc., autant elle nous en éloigne et autant nous devons la fuir. Ici commence...)
Casser la noix : on y trouve un cerneau; et sous l’épine est la châtaigne.
6 septembre.
Dans mes habitations. Je veux qu’il se mêle toujours beaucoup de ciel à peu de terre; ce qui ne peut se faire que lorsque...
7 septembre.
Quelle idée nous pouvons avoir de Dieu; quelle idée nous pouvons avoir de l’âme. Poser ainsi les questions, c’est un fort bon moyen de...
Et en quoi consistent les divers plaisirs que nous causent les livres, les tableaux, les entretiens, etc. si ce n’est en ce qu’ils nous montrent (plus ou moins) à nud des pensées, des idées, des esprits, des âmes plus ou moins entières, parfaites, complètes? Et qu’est-ce qui vous plait dans les arrangemens fortuits ou dispositions de la nature brute, si ce n’est ce qui ressemble plus ou moins à une pensée, un dessein, desseins ou pensées qui nous plaisent d’autant plus que n’étant pas rigoureusement déterminés, ils nous laissent l’avantage de les concevoir tels que nous les aimons le mieux?
Nécessité de concevoir. (J’y ai souvent pensé.)