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[CAHIER DE SAVIGNY]
Que la religion chrétienne est une religion essentiellement scavante. Pourquoi.
15 juillet 1801. Vuë. Il nous semble d’abord que nous voyons avec nos yeux comme nous touchons avec nos mains, par l’imposition ou application de nos regards. Nous nous figurons aisément nos regards comme de longs rayons qui sortent de nos yeux à peu près de la manière dont nos sourcils sortent de nos paupières. Nos sourcils aident à nous donner cette imagination et aussi les apparences que nous avons occasion d’observer souvent dans les corps lumineux ou enflammés, tels que la chandelle, le soleil, etc. d’où nous voyons, par de certaines dispositions de nos yeux en ces momens, sortir des rayons semblables à de longues baguettes d’or minces et divergentes. Nous nous figurerions donc aisément que nos regards vont toucher les corps et nous les font voir aussi. Mais à la réflexion cette idée ne suffit plus pour nous expliquer la merveille de la vision parce qu’elle laisse inexplicables des circonstances qu’un peu d’attention ne tarde pas à nous faire appercevoir.
Il y a image; elle se peint...
C’est la cloche qui se meut, mais c’est toi qui sonnes. C’est le soleil qui éclaire, mais c’est toi qui vois. Le suc est dans la viande, mais le goût est dans toi. Le feu donne ou procure la chaleur, mais c’est toi qui la sens.
L’harmonie est dans celui qui écoute : oui, par effet; mais non pas en cause.
On ne persuade aux hommes que ce qu’ils veulent. Il ne s’agit donc pour les dissuader que de leur faire voir que ce qu’ils veulent en effet n’est pas ce qu’ils pensent vouloir.
[…]7 juillet.
« Tant que le cœur nous bat (disent les bonnes gens) — ou tant que l’âme nous battra dans le corps. » Ce mot âme est facilement entendu.
Et d’abord il créa le lieu (ou la capacité de contenir ce qu’il alloit produire ensuite). Il créa le ciel et la terre, a dit Moïse. — Ensuite il l’éclaira, affin que l’on pût s’y mouvoir. — Il pourvut aux arrosemens en séparant les eaux des eaux, les eaux fixes des eaux volages, et les légères des pesantes. — Il l’emblava, il la planta et la tapissa. — Ce n’est pas tout. Il empoissonna l’eau pisante, il peupla l’air comme un colombier et il fit de la terre un parc qu’il remplit de bêtes vivantes. Et quand il eut créé, arrangé, orné, approvisionné et achevé le lieu, il y plaça l’homme, car le lieu attendoit son maître. Enfin, comme un sage etc. il maria le chef de la maison et, lui ayant donné une aide pour supporter les soins et les peines inséparables de la vie, il le livra à ses destins, à ses devoirs, à ses travaux. Le mal vint de nos appétits, c’est à dire de la matière. Il se fit par la liberté.
Il est de l’essence de l’être qu’il y ait en lui quelque chose qui ne soit pas lui. Et pourquoi cela est-il de son essence? Parce qu’il est de son essence que, dans le dénombrement de ses perfections, soit celle d’être actif et puissant au dehors. Or, sans cette condition, il ne pourroit agir ou du moins opérer : un instrument lui manqueroit. Il lui faut du mouvement en soi et, hors de soi, de la matière pour faire un monde et n’être pas seul. Que si pour cela vous voulez que sa volonté lui suffise, soit. Alors, au lieu d’être un rejet de sa force d’existence, la matière sera une production de sa force de volonté, etc. Dans l’une et l’autre supposition, le résultat sera le même, les natures les mêmes, et les effets seront pareils.
En ce cas, une faculté de mon âme parle à l’autre et en est entendue, comme ma bouche parle quelquefois tout haut à mon ouïe quand je suis seul et en est entendue. Et c’est ce que scavent bien les écoliers qui étudient à haute voix ce qu’ils veulent apprendre affin que leurs leçons entrent par deux portes dans leur mémoire.
Il faut tout le loisir de la fainéantise, du temps à perdre et de l’étude pour goûter les beautés d’Homère. Et pour l’entendre il faut rêver. Il ne faut qu’un moment, je ne dis pas d’attention, mais d’écoutement pour comprendre et recevoir en soi les beautés de la Bible, beautés qui s’étendent ou se resserrent en quelque manière selon la diverse capacité des esprits, en sorte qu’elles entrent dans les plus petits et remplissent les plus grands tout entiers et que l’intelligence du même homme, selon qu’elle est elle-même mieux ou moins bien disposée, en reçoit une plénitude dès qu’elle lui ouvre un accès.
Quelques misérables firent vouloir au peuple français ce qu’ils vouloient.
Pourquoi se fait-il une ombre? Parce que la lumière est interceptée. Comment se fait l’image? Par ce que la lumière est réfléchie et qu’elle ne peut pas passer à travers le corps qu’elle éclaire. C’est donc par l’absence de la lumière que l’ombre se fait et par son redoublement (je dirois son rebouchement) que se fait l’image.
J’aime l’expression de Leibnitz quand il dit que l’âme porte le corps. Et observez que partout et en tout, ce qui est subtil porte ce qui est compact; et ce qui est léger tient suspendu tout ce qui est lourd. Admettez-le du moins dans le sens de [— — —] et comme la plus belle conception de l’esprit humain.