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La différence des êtres de logique et des êtres intellectuels. C’est par l’ignorance où l’on est de cette différence que la plupart des auteurs qui ne s’occupent que d’êtres de logique se croient pourtant des métaphysiciens et le font croire. C’est sur cette différence que se fonde celle que je cherchois entre les idées et les pensées.
On se sert aussi du nom de la métaphysique pour désigner une théorie. Mais une théorie n’est pas de la métaphysique.
25 août.
Jamais les mots ne manquent aux idées. C’est les idées qui manquent aux mots. Dès que l’idée en est venue à son dernier degré de perfection, le mot éclot; ou, si l’on veut, elle éclôt du mot qui se présente et la revêt.
26 août.
Fontanes dit très bien de notre langue « qu’elle est comme la mine où l’or ne se trouve qu’à de certaines profondeurs ». Il ajoute que Boileau disoit qu’ « elle étoit féconde en très beaux mots, mais qu’elle devoit être excessivement travaillée ».
28 août.
Locke a beau dire, le mot essence (ce beau mot!) n’est pas un mot vuide de sens, même pour nous, pour notre esprit.
L’essence d’une chose est l’idée que Dieu en a.
Par immense ou par infini, nous voulons dire tout l’espace qui se trouve encore au delà de ceux qu’on peut imaginer, et nous entendons par essence cette pure réalité qu’enserrent toutes les écorces qui peuvent nous représenter le sujet qu’elle constitué, dont elle est l’âme et le principe, dont elle fait une unité indestructible, indivisible.
Ajoutez qu’il est vrai que nous appellons essence fort improprement les qualités ou propriétés par lesquelles les choses se font principalement connoître à nous et distinguer de nous.
Les aveugles sont gais parce que leur esprit n’est pas distrait de la représentation des choses qui peuvent leur plaire et qu’ils ont encore plus d’idées que nous n’avons, nous, de spectacles.
Si un aveugle me demandoit : « Qu’est-ce que la lumière? » je répondrois : « C’est ce qui nous fait voir. — Qu’est-ce que voir? — C’est avoir une idée de ce qui est devant nos yeux sans avoir besoin d’y penser. »
Les anciens suivoient ce principe et cherchoient plus la grâce (c’est à dire la bonne grâce) que la force et l’exactitude : quid deceat, quid non.
29 août.
Le son n’est pas de l’air, le son est de l’air articulé.
30 août.
Que Locke a deux obscurités dans sa manière de s’exprimer. 1° sur les essences; car, quoiqu’il distingue la nominale de la réelle, il semble souvent les confondre; 2° sur les idées, qu’il confond quelquefois avec les sensations, comme lorsqu’il dit que la douleur est une idée, et l’idée de la douleur. Il n’est pas vrai que la sensation ne se reçoit que par l’idée. Néanmoins il faut les distinguer pour la clarté, et elles le sont réellement, au moins comme degrés.
Degrés : 1° existence, 2° impression (par contact ou par influence), 3° sensation (ou transmission sentie), 4° idée ou sentiment de la sensation, dernier degré.
31 août.
Ces traits d’esprit qui nous conduisent à des obscurités affreuses.
Pensées qui ne peuvent pas supporter l’épreuve du grand air et qui s’évaporent dès qu’on les porte hors de son cabinet. Mettez-en quelques [unes] à l’épreuve de l’isolement. Otez-les du livre où elles sont: elles ne peuvent subsister.
L’air est sonore, et le son est de l’air, de l’air lancé, vibré, configuré, articulé.