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De tout ce que dit Locke sur ce sujet et de tout ce qu’on peut observer en soi-même on peut conclure que : il n’y a point en nous de jugemens innés, mais non pas qu’il n’y a point d’idées innées.
Jouer sur les sons (ou les mots) lorsqu’il ne résulte de ce jeu aucune confusion dans le sens, mais qu’au contraire il s’en ensuit de la clarté ce jeu là plaît.
Nous n’avons l’idée (ou apréhension) innée d’une certaine essence ou nature que nous ne pouvons voir (celle de l’esprit), nous n’avons de sens ou de sentiment inné que d’une certaine règle d’harmonie et d’ordre moral (celle du juste et de l’injuste). La manière dont cette essence ou nature existe et la croyance même de son existence, la manière dont ce principe ou règle doivent être apliqués et les règles particulières qui en dérivent sont des opérations de notre esprit susceptibles d’une infinité de variations et même de contradictions. Il en est de ce dernier point comme de la musique. Nous avons tous l’instinct de l’harmonie; mais nous n’en avons pas tous le scavoir etc. etc. C’est tout ce que je puis voir de plus clair sur ce sujet en ce moment.
7 août.
(Moi.) 1. S’il y a ou s’il n’y a pas des idées que l’on peut appeller innées est une question qui tient essentiellement à la science, à la connoissance de l’âme; et non pas simplement une question d’école.
2. Si, lorsque la proposition en frappe l’oreille, l’idée d’une chose qui n’a jamais frappé les sens naît aussitôt dans notre esprit, y éclôt et s’y développe, on peut croire, on peut dire, on doit penser que c’est là une idée innée ou dont le germe étoit en nous, à peu près comme on suppose que le feu est dans les veines du caillou. Dieu existe, N est juste, etc.
3. Ces idées, ou notions, ou sentimens innés ne sont point indestructibles en nous. Ils peuvent au contraire être très aisément défigurés, dénaturés, altérés, déplacés, etc. (Quoique éternel, tout cela est mobile et se chasse aisément) comme tout ce qui est germe.
Leibnitz. Son mot monade. Monade veut dire unité.
Fénelon. Il a des apperçus métaphysiques, et non pas un corps de doctrine. On en pourroit dire autant de Malebranche.
Inn[éité]. Descartes ne l’enseigne pas. Mais il l’admet, il le suppose, il le pense, il le croit.
1ᵉʳ août.
Lecture de Locke.
2 août.
Il y a dans le langage de l’école des mots nécessaires et clairs. Ils ont resté. Les autres ne se trouvent que dans les livres, où ils fatiguent... Locke en est plein, quoiqu’il ait contribué pour beaucoup à débrouiller, à épurer et, pour le dire ainsi, à humaniser cet idiome philosophique.
Mode mixte, par exemple. Je demande ce que cela peut signifier nécessairement, c’est à dire de manière qu’aucun autre mot ne puisse aussi bien l’exprimer. Ainsi que les mots de idées complexes, essence réelle et nominale.
Tous ces livres sont à la philosophie ce que les dictionnaires sont à la grammaire. Ils servent à fixer le sens des mots, mais ils ne donnent point d’idées. Défiez-vous dans ces livres des mots qui n’ont pas pu être introduits dans le monde et ne sont propres qu’à former une langue à part.
Il [Locke] a appris aux philosophes à s’expliquer et à s’entendre avec un peu plus de clarté. Voilà à quoi l’on peut réduire tous les services si vantés qu’il a rendus au genre humain.
Il explique beaucoup de questions qui ne sont que de l’école; et quelques autres aussi qui sont véritablement de la science.
Distinguons bien les questions qui sont de la science (ou connoissance) et y tiennent dans tous les lieux, dans tous les temps, — de celles qui ne sont que de l’échole et ont de la valeur, de l’importance — et que dis-je — de l’existence par la mode et la fantaisie plus que par la nature et le besoin, la nécessité.
3 août.
En considérant ces notions comme des germes que nous portons dans notre esprit et que certains traits de lumière y font éclore, on s’entend, cela est plus clair.