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[Sur Locke]
1ᵉʳ août.
Locke dit : [...]
que « les maximes n’éclairent pas ». — Non, mais elles guident, elles dirigent, elles sauvent aveuglément. C’est le fil dans le labyrinthe, la boussole pendant la nuit.
2 août.
« Se servir des mots dans leur usage propre, autre remède », dit-il. J’ajoute : et s’en servir dans leur sens primitif bien expliqué, autre utilité et grand moyen de découvertes!
... dit encore que « la plupart des idées sont claires d’un côté et obscures de l’autre ». Voilà le fondement de toute l’utilité dont la philosophie peut être au monde : en éclairant la face obscure.
Il joue sur le mot : « Je manquerois d’entendement en écrivant sur l’entendement... » Le grave Locke s’égaye aussi dans sa préface sur « la chasse » des pensées.
[...] Tout cela est mal dit et par la faute du traducteur et par la faute de l’auteur. Mais on ne se piquoit pas alors de précision quand il ne falloit exprimer que des pensées peu importantes. C’est cependant en ce cas que l’extrême précision seroit nécessaire affin que l’esprit vît tout d’un coup et vite ce qui est peu digne de l’arrêter longtemps.
[...] En combattant ce qu’ils [ses contradicteurs] entendoient par notions innées, il [Locke] serre trop le sens du mot et a l’air d’agir et de se déterminer plus par raisonnement que par conviction. Il semble dans cette question avoir consulté les règles de la logique plus que son propre sentiment, son sens intime.
[...] Il voudroit que « chacun eût soin de n’employer aucun terme avant que d’avoir vu dans son esprit l’idée précise et déterminée » (ou la nuance) « dont il veut que (ce terme) soit le signe ». Grande règle pour écrire, et pour bien écrire! « Il n’y a presque personne (ajoute-t’il) qui s’astreigne à cette grande exactitude ». Et de là tant de livres, et des livres si longs, et de si mauvais livres! Eh! mes amis, pourquoi écrire, si vous ne etc. Parler est de nécessité. Parlons donc comme nous pourrons. Mais écrire, mais imprimer! Il ne s’agit là que d’honneur : n’écris donc pas, si tu n’excelles et, pour exceller, écris peu. Car la vie de l’homme est trop courte et il lui reste trop peu de temps à donner à la composition pour pouvoir n’employer (dans beaucoup de livres) aucun terme avant que d’avoir vu dans son esprit l’idée précise et déterminée dont il veut que ce terme soit le signe. Je parle ici des ouvrages philosophiques. Mais, dira-t-on, l’utilité! L’utilité est dans la perfection.
[…]7 août.
La liberté d’esprit et d’imagination particulière aux Grecs. Nous avons en comparaison dans nos écrits l’air de forçats attachés à la chaîne (D’esclaves à la tâche, d’idiots en extase, etc.)
2 août.
Que le poète ne doit pas traverser au pas un intervalle, lorsqu’il peut le franchir d’un saut.
La laiterie a introduit la propreté.
[Locke.] Il a du trémoussement dans la phraze. C’est ainsi que les hommes vifs, quand ils sont obligés de se tenir longtemps assis, ont toujours dans quelque partie d’eux-mêmes des mouvemens involontaires.
Une des causes principales de la corruption et de la dégénération de la poésie est que les vers n’aient plus été faits pour être chantés.
Rubens. Œil concave, microscope.
6 août.
Affirmons hardiment qu’il n’y a souvent que des expressions figurées qui soient propres à représenter et faire concevoir exactement l’état de l’âme et ce qui se passe en elle, c’est à dire la vérité. Hobbes a beau vouloir qu’on les bannisse de l’argumentation. Il faut ou nous interdire beaucoup d’explications ou les y admettre. Non seulement la nature de notre entendement, mais aussi la nature des choses le demande.
9 août.
Locke. Son livre est imparfait. Son sujet n’y est point tout entier; et il ne l’avoit point dans l’esprit par avance. Il se jette sur des parcelles qu’il divise et qu’il subdivise. Il quitte le tronc pour les branches et son ouvrage est trop rameux.
C’est un fagot de questions souvent épineuses.
Il éclaircit les questions dont on s’occupoit, mais il n’en propose point de nouvelles, de meilleures. (Il déblaya la rive, mais il n’a point jetté de pont.) Il dispose ceppendant l’esprit à s’éclairer. Il l’y détermine et l’y induit plus qu’il ne l’y etc.
Marchons nous mieux en apprenant comment s’opère l’équilibre en général? Mais celui qui nous dit comment il s’opère en nous, nous aide à l’observer. Et celui qui perfectionne nos membres, notre force, notre santé, notre constitution, nous le donne.
Platon ne nourrit pas l’esprit, mais il le dispose à se nourrir. Il ne fait rien voir, mais il éclaire. Il met de la lumière dans nos yeux et place en nous une clarté dont ensuite tous les objets deviennent illuminés. Il n’aprend rien, mais il aprend. Il nous dresse, il nous façonne, il nous rend propres à tout scavoir. Sa lecture (on ne scait comment) augmente en nous notre susceptibilité à distinguer et à admettre toutes les belles vérités qui pourront se présenter.