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ANNÉE 1791
Le courageux a du courage et le brave aime à le montrer.
Peuple guerrier ou belliqueux. Le guerrier sait faire la guerre, il est exercé dans cet art, il a pour tous ces exercices une aptitude naturelle. Le belliqueux cherche à la faire, il n’est heureux qu’en s’y livrant, il a pour ses agitations une inclination invincible. Etc.
18 janvier 1791. Mart. die.
Deambul in insul. puppi poste templ. metropol. parisiense hor 4ᵃ 1/2 po. merid. tumente sequan, turbido fluctu coopert. nubil. cœlo. Tempore tamen mihi satis jucond, et felici. Etc.
17 janvier.
Elégance et lenteur. Il y a du soin dans l’élégance. Ce soin même doit se montrer.
19 janvier.
Succès. Sert aux hommes de pieu-estal. Il les fait paroître plus grands. Si la réflexion ne les mesure.
Vivacité. Dire vivement et avec feu des choses froides. Coutume des méridionaux. C’est que leur vivacité ordinaire vient de leur sang, non de leur âme.
21 janvier, samedi soir, 1791.
Imagination sans érudition (celui qui a de [l’] a des ailes et n’a pas de pieds.
Dimanche 23 janvier 1791.
Inondation. La Seine a voulu voir la Bastille détruite. Elle invoqua les eaux du ciel, qui l’ont portée au pied des murs où régnoient ces fameuses tours que les habitans de Paris ont mis[es] par terre depuis trois fois trois mois neuf jours.
Même quand le poète parle d’objets qu’il veut rendre odieux, il faut que son style soit calme, que ses termes soient modérés, et qu’il épargne l’ennemi, conservant cette dignité qui vient de la paix de son âme, supérieure à toutes choses. Qu’il se souvienne de ce beau mot qui est dans Lucain : Pacem summa tenent...
Entendez vous ceux qui se taisent?
Les mots familiers (dit Voltaire) sont les ressorts du style. Cela est bien dit, car c’est par eux en effet que le style mord et pénètre dans le lecteur. C’est par eux que les grandes pensées ont cours en quelque manière et sont présumées de bon aloi, comme sont l’or et l’argent marqués d’une empreinte connue. Ces mots familiers inspirent, pour celui qui s’en sert, à rendre plus sensibles les pensées extraordinaires, ils inspirent, dis-je, pour lui, de la confiance. Car on reconnoît à cet emploi qu’il fait de la langue commune, un homme qui connoît la vie et les choses, qui a pu comparer, qui est de ce monde, qui est éveillé en quelque sorte et ne dort pas ou ne rêve pas. De plus, ces mots seuls font le style franc. Ils annoncent que celui qui [écrit] a depuis longtemps la pensée ou le sentiment qu’il exprime, qu’il s’en est nourri, qu’ils lui sont entièrement propres et qu’il y est tellement habitué que les expressions communes lui suffisent pour exprimer ces choses devenues vulgaires en lui par leur longue conception.
De plus encore, ce qu’on dit en paraît plus vrai. Car la clarté est tellement un des caractères de la vérité que souvent on la prend pour elle. Or rien n’est aussi clair parmi les mots que ceux qu’on nomme familiers.
26 janvier 1791.
L’oubli! Comment ce mot est-il si doux!
28 janvier 1791.
Ce genre de beautés captive la pensée, l’isole et la retient hors de toute autre communication... Au contraire, ces pensées douces permettent d’autres impressions, se mêlent à nos souvenirs, à toutes les situations de nos âmes, à toutes nos occupations, occupent et isolent notre esprit, notre âme et notre attention. Celles-là, ce sont les meilleures.
Un hiver sans froid et sans feu.