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« Sommes-nous donc condamnés à nous ignorer toujours? » dit Voltaire. Oui. Il pouvoit ajouter : Et à nous étudier sans cesse.
27 mai.
On en vaut mieux, quand on est regardé. Et dans cette supposition il y a toujours un œil qui nous regarde.
29 mai.
Ne rebuttons rien, car nous avons besoin de tout dans la recherche de la vérité. La science des lignes et des nombres peut grandement nous y aider. Estimons-les donc et honorons-les comme des instrumens utiles, précieux, nécessaires. Ceux qui font de ces moyens d’avancement le dernier but de leurs études ont sans doute un esprit borné; mais ils conservent ces scavoirs, ils les débitent, les répandent. Ils sont aux vrais génies parmi les philosophes ce que sont les marchands de microscopes et de télescopes aux observateurs proprement dits.
Observez que la géométrie est fondée sur une certaine manière d’envisager isolément certaines circonstances (comme leur longueur sans largeur, leur surface sans aspect) qui ne s’offre naturellement ni aux yeux ni à l’esprit de personne.
24 mai.
Souvenons-nous de ceci. — De quoi donc? — Que ce n’est pas le soleil qui est dans le ciel, que nous voyons, mais celui qui est au fond de notre rétine.
Sur Berkley. Dire qu’il y a des figures sans corps, c’est prétendre qu’il y a des broderies sans étoffes.
21 mai.
Comme les anciens avoient des mots dont la quantité étoit fixe et très marquée, un arrangement de mots qui auroit mis les mesures de quelqu’un de leurs vers dans la prose auroit été très remarquable. Pour produire dans notre prose française la même bigarure et la même disparate et pour la rendre aussi sensible qu’elle l’eût été dans le grec ou dans le latin, il faudroit qu’il se trouvât dans quelqu’une de nos phrazes, non seulement un, mais deux de nos vers rimant ensemble. C’est la rime surtout qui distingue nos vers et qu’il faut bannir de notre prose. Quant au nombre des syllabes, qui compose le vers avec la rime, il entre malgré nous, non seulement dans nos écrits, mais encore dans le simple parler. Le langage de nos paysans, et surtout de nos enfans, en est plein. Nous ne pouvons rien mesurer dans le discours que par quelqu’un de ces assemblages de pieds (ou nombre de syllabes) qui constituent nos différentes espèces de vers. Nous sommes donc tenus, non à l’éviter (ce qui est impossible et inutile), mais à le déguiser, ce qui est indispensable à l’agrément, à la variété.
10 mai.
Les points d’orgue. — S’il faut en laisser au lecteur, en littérature, comme on en laisse au chanteur dans la musique.
[…]2 mai.
Clarté. Je ne puis pas me contenter de peu.
Timidité et effaçures. Il m’est impossible de dire une sottise sans m’en appercevoir.
Et alors ce n’est pas le mot qui m’occupe, c’est la pensée que je n’ai pas encore entière et que je cherche inutilement dans la phrase. En général, mon esprit de bonne foi ne court guères après les mots que pour trouver sa pensée.
Mai.
De Berkeley. Dieu, dit-il, a trois personnes comme un triangle a trois côtés.
1ᵉʳ juin (dim. pentec.)
Dans nos sciences, il y a l’artifice, la machine, l’échaffaudage. Ils servent aux arts, aux besoins; leur essence sert au bonheur.
2 juin.
Berkley. Cet Anglais dit fort bien « que le nombre est une créature de l’âme ».