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14 février.
Du point de vue (et que le choix en est important). Si votre pensée approche trop ou trop peu votre sujet, si vos expressions approchent trop ou trop peu votre pensée, le vrai point de vue est manqué. Alors il n’y a plus d’agrément. L’agrément est indispensable, car c’est lui qui appelle ou retient l’attention.
L’agrément est tellement inhérent à certains sujets que, de quelque manière qu’on les traite, il s’y trouve; mais il ne s’y trouve que pour quelques-uns.
Affin qu’il se trouve pour tous, il faut choisir les beaux côtés, les mots clairs, le vrai point de vue.
Tout a son point de vue. En deçà et au delà il y a faute et il faut corriger.
Il ne suffit pas que l’objet qu’on présente soit lui; il faut encore qu’il soit éclairé comme il faut et montré à la distance convenable. Tout est tableau et doit être fait et traité comme un tableau.
L’agrément ne vient pas toujours de la parure, et même il en vient rarement. Il faut pour plaire que beaucoup de sujets soient nuds, mais il n’en est point qui puisse se passer de l’aide de la perspective.
(Et dans les mathématiques? Dans les mathématiques, il y a configuration; par conséquent, le point de vue pour elles est que la figure ne montre d’elle qu’elle-même...)
La curiosité suffit pour rendre agréables de certaines matières. Alors, l’agrément qu’on trouve à lire certains livres ne vient pas d’eux, mais de l’esprit du lecteur et de sa disposition. Quand un livre n’a pas ce mérite, on peut le lire avec plaisir, mais sans estime. On en use et on s’y plaît pour le besoin. Après le besoin satisfait, on s’y déplaît et on le jette.
Le plein n’est qu’une grosse éponge. Si on le pressoit, si on en faisoit sortir le vuide, il ne rempliroit pas la main. Le fluide est une vapeur qu’on réduiroit en une goutte; un nuage, un ouvrage à mailles est une image du plein.
... eaux, ... roseaux. On diroit qu’un de ces mots se mire dans l’autre. (Vid. les vers : Au pied du mont Adule...)
Parler abstraitement, c’est figurer des êtres qui ne sont pas et que nous ne concevons pas être (au moins comme substances). Parler métaphysiquement, c’est figurer des êtres invisibles qui sont, que nous concevons être. Ainsi la nature est un mot abstrait; l’âme est un mot métaphysique, ainsi que Dieu.
16 février.
Le temps est un mot abstrait. L’éternité tient moins de l’abstraction que de la métaphysique, parce qu’elle rappelle d’abord à l’esprit un monde et un attribut de ce monde que nous concevons être, et qu’il nous transporte au delà de etc. — Chose remarquable, l’immensité est moins abstrait que l’espace. L’Etre suprême est un mot abstrait; Dieu ne l’est pas et mon Dieu encore moins. Le langage des mystiques qu’on seroit tenté de croire si abstrait ne l’est pas ceppendant : il n’est pas métaphysique... Tout langage proprement abstrait a au contraire, pour l’esprit, cette espèce de dureté et de désagrément que la surface de la matière froide et mal limée a pour les sens. Le monde intellectuel ne fournit point d’abstraction à l’esprit : c’est le monde réel. Toute abstraction se fait par un dépouillement et ne peut s’employer, servir, prendre du corps, de l’apparence que par un certain remplissage. Figurez-vous des peaux de milliers d’hommes empaillées et réunies en un seul tronc, et vous aurez l’espèce humaine.
La raison est un mot abstrait. La douceur, la bonté ne le sont point. Ils ne sont pas métaphysiques, mais affectifs, genre qu’on n’a pas assés remarqué et qu’il faudroit adopter pour l’exactitude de la division.
Il semble que les noms des qualités qui tiennent à l’affectif sont seulement ceux des qualités qui sont aimables. Les noms de celles qui ne le sont pas se rapprochent de l’abstraction, comme sévérité, austérité, méchanceté.
En dernier mot, tout ce qui ne tient qu’aux opérations de l’esprit raisonnable dresse etc. Tout ce qui n’exprime que la doctrine des écoles et ce qu’elles ont établi est abstrait seulement. Ce qui tient à l’homme entier et à la manière dont il est conçu par tous les esprits est abstrait, affectif ou simplement métaphysique, mais jamais seulement abstrait. L’école (non pas l’école ancienne et des collèges), mais la nôtre propre, la moderne, celle où l’étude réunit tous les lettrés, l’école, dis-je, a rempli notre esprit d’abstractions, et notre esprit en a rempli notre langue, nos mœurs, nos loix.
Ces abstractions nous ont gâtés; et quand je dis nous, je dis moi; moi aussi.
Voltaire. Esprit qui ne se reposoit jamais.
16 février.
Quand un peuple choisit un gouvernement, il y a une nécessité qui lui fait choisir celui qu’il préfère.
J[e] n[e] f[ai]s p[a]s tout ce que je dois ni tout ce qu’elle mérite.
La folle et le songe-creux de la maison.
17 février.
De la lumière. — En faire une substance distincte des astres dont le mouvement nous la distribue. Qu’on se représente ces roues grossières de nos moulins qui brisent et réduisent en vapeur qui se répand de tous côtés l’eau qui tombe dessus. C’est ainsi que par eux la lumière est disséminée. Ils en arrosent l’univers. Ou bien qu’on les conçoive comme des lampes où la lumière afflue et se réunit comme une huile éthérée qui les remplit. Ils la distillent par des milliers de mèches invisibles.
Dieu est Dieu. Rien n’est Dieu que lui-même.
Ce n’est pas des enfans qui naissent, mais des enfans qui vivent, que la population d’un Etat est composée.