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← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume I
YEAR 1800

[…] février.

Que le monde est un lieu, — et non un dieu, un animal, une machine, etc. Que la 1ʳᵉ idée est simple et la 2ᵈᵉ composée. Le monde est donc un lieu; nous n’y verrons pas autre chose, en lui attribuant par artifice une autre forme que celle qu’il offre à nos yeux et en contrariant en nous la notion que nous avons de sa nature.

Entre deux idées, dont l’une est claire et l’autre obscure, l’une nette, l’autre embrouillée, l’une simple et l’autre composée, laquelle convenez-vous qu’il faut choisir?

Vous appellés scavantes les idées qui exigent du scavoir pour être intelligibles, des efforts et de l’art pour être fabriquées? Mais celles-là sont-elles claires ou obscures, embrouillées ou nettes, sont-elles simples ou composées? Elles sont vraies (me direz-vous). J’en conviendrai pour un moment, mais je dirai : elles sont vraies d’une vérité qui n’existe pas (ou qui du moins ne peut pas exister pour le genre humain puisque de votre propre aveu les scavans seuls peuvent l’appercevoir). Donc elle ne se montre pas. Vous étalez donc à nos yeux des clartés qui nous sont invisibles. Vous nous comblez de biens dont nous ne pouvons pas user.

Ce qui est ingénieux est bien près d’être vrai.

9 février.

Que peu de matière a suffi. Que par elle-même elle est peu. De là l’idée des anciens qu’il n’y avoit qu’un monde.

Nécessité de la matière. Que sans elle Dieu n’auroit pu rien séparer de lui et qu’il n’y auroit pas eu de création.

Que Dieu est l’être. Sens de ce mot, qu’il faut prendre à la lettre.

Nous connoissons beaucoup de choses avec la précision qui suffit pour que l’esprit soit satisfait; mais aucune peut-être avec l’exactitude dont chaque chose est susceptible. Aussi en ce genre une certaine imperfection nous plaît, comme une certaine perfection.

Vérité. Nous pouvons y toucher, mais non pas l’empoigner, l’étreindre, la contenir. Nous pouvons aussi la désigner, mais non pas proprement la définir, la circonscrire exactement.

Dieu est tellement grand, tellement vaste : pour le comprendre, il faut le diviser.

10 février.

Du microscope, ou agrandisseur visuel. Il agrandit les vuides. Par lui, le plus petit objet occupe une plus grande place dans l’esprit, mais non dans le monde.

Les esprits purs verroient la matière comme un filet à grandes mailles. Le verre agrandisseur ne nous montre-t-il pas, criblés de pores, les corps qui sont les plus compacts? (De l’agrandisseur tactuel, etc.)

Dieu est l’être; le monde est un lieu; la matière est une apparence; le corps est le moule de l’âme; la vie est un commencement.

Il seroit difficile de vivre méprisé et d’être vertueux. Nous avons besoin de support.

On peut apliquer une forme déterminée aux notions vagues qui existent déjà. On peut les modeler, les circonscrire, mais non pas les faire exister.

Les animaux rendent le lieu plus habitable, plus égayé, plus nourricier.

12 février.

Enfans. Ont plus besoin de modèles que de critiques.

Enfans. Se souviennent de nous plus longtemps; mais nous nous souvenons mieux des vieillards. Nous aimons donc à plaire à ceux-là, parce qu’ils se souviendront de nous : et à ceux-ci parce que nous nous souviendrons d’eux.

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