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31 janvier.
La matière, dit-on, est divisible à l’infini. Que veut-on dire? Qu’elle est divisible à l’infini en parties visibles? Cela n’est pas vrai, car il faut à chaque partie, pour être visible, de certaines dimensions dont le nombre est assés borné pour notre œil. Entend-on qu’elle est divisible à l’infini en parties imaginables? Cela n’est pas vrai non plus, car il faut à notre esprit, pour imaginer, de certaines figures ou formes qui n’ont point un nombre infini. Veut-on dire qu’elle est divisible à l’infini par le nombre et la quantité de ses parties? arithmétiquement, oui; plutôt mathématiquement, cela se peut penser, mais ne peut pas être réellement. Toute portion, toute partie de matière, quelque petite qu’on veuille la supposer, doit être matière, c’est à dire susceptible de longueur, largeur et profondeur. Par conséquent si la matière étoit divisible à l’infini comme on le prétend, elle pourroit cesser d’être matière en demeurant matière, ce qui est absurde.
C’est à nos histoires philosophiques que nous pourrions dire aujourd’hui : ah passons au déluge. Presque toutes veulent remonter au cahos.
... occupés à broder de votre esprit les événemens de chaque jour. La belle étoffe!
Pour certaines productions de notre esprit, l’hyver du corps est l’automne de l’âme.
La vérité est qu’il faut suivre etc. — Vérité de conduite, importante à la vie humaine et d’un ordre fort supérieur à toutes ces petites vérités de fait dont etc. La vérité est qu’il y a une multitude de petites vérifications dont il faut se soucier peu parce que etc. — Qu’importe qu’un vieux récit contienne un événement fabuleux ou un événement réel, si la même authorité qui nous l’a fait adopter en l’inculcant dans notre esprit y implique une moralité qui contient des maximes vraies, utiles, nécessaires, indispensables? Comme les événemens qui nous sont contemporains ne peuvent d’abord être recommandables que par le genre de mérite qui consiste en l’exactitude, il faut apporter à les constater un soin poussé jusqu’au scrupule. Mais il en est autrement etc. d’autant plus que, s’il y a de l’inconvenient dans la fausseté du récit, il n’y en a pas moins dans les erreurs de la critique.
Des fables qui se font croire. — Il n’y a qu’un certain nombre d’images, de formes, de distributions sous lesquelles l’esprit humain puisse concevoir quelque nature que ce soit. Les opinions qui se composent de ces images, de ces formes et qui s’aident de ces distributions sont les seules qui puissent se faire adopter. Les autres ne trouvant dans la nature humaine rien d’analogue à elles-mêmes, ne peuvent y entrer, s’y planter, y prendre de fortes racines.
Qu’importe le fait si, dans le récit, il n’y a pas une ligne, pas un mot d’où ne résulte une instruction à laquelle l’esprit est d’autant plus ouvert qu’il est en paix, en repos, en parfaite tranquillité par la créance même qu’il donne au fait et qui banit de lui tout dédain et toute chicane?
... Cette nature qui est si grande que, pour la concevoir, il faut la diviser et la mettre en morceaux, pour ainsi dire.
S’aveugler saintement, est l’expression reçue.
Les mathématiques sont parmi nous ce que sont pour les Chinois les caractères de leur écriture. Quand on les scait après beaucoup d’efforts, on scait lire et rien de plus, et ceppendant on est tout fier.
Ce n’étoit pas simplement pour lire de la géométrie que les anciens les apprenoient, mais parce qu’elles servoient à entendre une sorte de philosophie qui s’exprimoit par elle et qui avoit la réputation d’enseigner un sens admirable et caché. Quelques philosophes en effet s’en servoient comme d’un chiffre, ne voulant par sagesse être entendus que des scavans. D’autres en usèrent pour leur commodité, pour être courts et se rendre inutiles les explications étendues. Elles étoient pour eux des espèces de notes abréviatives. Les étudier comme nous faisons simplement pour les étudier, c’est apprendre l’alphabeth pour ne jamais lire, ou la gamme pour ne pas chanter. Les mathématiques en effet n’étoient chez eux que l’alphabeth d’une foule de sciences.
Nos amateurs en ce genre et nos faiseuses de dentelles ne diffèrent que par ce que celles-ci, en exécutant leurs figures, n’en connoissent pas les rapports, les nombres et les noms. Les premiers au contraire scavent combien de fois certaine ligne en vaut une autre, en idée et sur le papier.
Antiquité. J’en aime mieux les ruines que les reconstructions.
[…] février.
Prestige. — Ne déchirez pas le nuage (le crépon); ne détruisez pas l’athmosphère dont tout être est environné s’il est vivant.