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← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume I
YEAR 1800

Erudition. Redouble souvent nos obscurités parce que, à l’obscurité qui vient de la science, elle joint les obscurités qui viennent des scavants.

27 janvier.

Le scavoir étoit fou (par le vuide); vous l’avez abruti (par le plein).

Il sort du mot infini une voix qui crie : Arrête. Nous agissons comme si elle crioit : Avance.

La manie de mettre toute la nature en jeu quand on écrit. L’antiquité, l’astronomie, la physique de toute classe, etc. Voltaire n’est pas exempt de cette ambition dans son Essai sur l’Histoire. Ils sont tous des docteurs Pansophes.

25 janvier.

Le grand bienfait de la religion est d’empêcher l’homme d’être superstitieux.

26 janvier.

Si l’on casse dans l’eau un vase plein de quelque liqueur, cette liqueur qui va se mêler et se confondre avec l’eau retient quelque temps la forme du vase qui l’a contenue.

L’érudition a autant d’obscurités que la métaphysique. Ses vérités sont moins certaines et surtout moins satisfaisantes. Le livre de Dupuis prouve mieux que tout autre les incertitudes de cette partie de nos vaines études. Il y a dans ce livre beaucoup d’erreurs et des preuves incontestables qu’il y a beaucoup d’erreurs dans tous les autres. Les mémoires de l’académie des inscriptions sont seuls irrépréhensibles en ce genre par cela même qu’il y a beaucoup de recherches, peu de systhème et presque rien d’affirmatif. Tout y est proposé d’un ton sage, modéré et seulement comme probable.

Il n’y a de bon à chercher dans l’érudition que les traits : les traits de mœurs, les traits d’imagination, etc. Vouloir retrouver l’ensemble de ces antiquités rompuës est une entreprise inutile. Y réussir seroit un succès inutile.

Je m’y suis plongé, je m’y suis mouillé, je m’y suis noyé. Il faudroit traiter ces abymes comme l’hirondelle traite les eaux. Elle les raze, elle s’y joue, elle s’y trempe, mais seulement du bout des ailes.

L’homme de goût fairoit bien d’être en ce genre

Le moindre vent qui d’aventure Fait rider la face de l’eau.

Il n’y a dans ce que les hommes ont pensé que quelques sommets, quelques points élevés et dominans. Le reste n’est que leur échelle, échelle que le temps a mise en pièces; et les pièces en sont perdues, anéanties. Quant même on les retrouveroit, qu’en feroit-on, qu’un échauffaudage?

Cherchons : à la bonne heure. Mais ne cherchons que le meilleur et le possible à rencontrer.

C’est dans l’érudition surtout que la moitié vaut mieux que le tout. Et la raison en est qu’on ne peut y trouver que des moitiés, des fragmens. Prétendre à reconstruire et à réintégrer tant de débris, c’est se condamner à perdre son esprit, son temps, ses études, sa vie dans la plus occupante des inutilités. On ne se repose à ce métier que lorsqu’à force de travaux on s’est aveuglé et trompé soi-même au point de croire qu’on a réussi. Quand on s’est complètement fait illusion, on achève d’arranger son systhème, on l’étale, on le publie. On est content comme Dupuis. On s’imagine qu’on a fait des livres qui vont opérer une éternelle révolution. On s’éblouit et on croit voir un jour. C’est à dire qu’en ceci on se croit en possession d’un jour plein lorsqu’on est aveugle.

L’homme qui annonce une opinion, une découverte qui anéantit toutes les autres n’a fait qu’une découverte fausse et n’a qu’une folle opinion en rien. Le genre humain entier n’a pu se tromper entièrement, et jamais un seul n’eut raison contre tous.

Chez les anciens, l’esprit se perdoit dans les cieux. Pour nous modernes, nous nous égarons terre à terre, nous nous perdons dans des taillis, nous nous engouffrons dans des mines; nos labirynthes sont de boue

Jamais aucun peuple n’adora ce qui étoit visible et l’esprit humain voit toujours au delà de ce qui est présent. C’est à l’infini seulement qu’il s’arrête, qu’il se complaît, qu’il se repose.

27 janvier.

De la pan-sophie, ou de l’affectation avec laquelle on étale dans toute sorte de livres un scavoir universel et surtout nos modernes opinions en phisique, en astronomie etc. Voltaire lui-même n’en est pas exempt : à propos d’une ville, il parle volontiers du globe etc.

28 janvier.

Au lieu d’aprécier les événemens; ils ne s’occupent qu’à les broder d’esprit.

... Un champ si bien ensemencé et si fertile, voulez-vous donc en faire un magazin? voulez-vous faire un étang de cette fontaine?...

... Et ce grand corps (le corps du tout) n’a que le mouvement pour âme. C’est l’âme de la montre.

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