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← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume I
YEAR 1799

L’astrologie étoit devenue une sorte de fausse science qui avoit ses règles fixes, ses axiomes et même ses vérités dont ses erreurs étoient de fausses conséquences. Trompeuse, folle et funeste, elle n’en étoit pas moins très ingénieuse (ce qu’on ne croit pas aujourd’hui).

L’ile des Phéaciens est Corfou. Le souvenir de l’Angleterre et de Cook est demeuré à Otahiti et s’y perpétuera. Pourquoi celui des Grecs et de leurs héros ne seroit-il pas demeuré sur les côtes de l’Ibérie, de l’Italie, des pays celtiques et de toute cette partie de l’Hespérie ou occident?

Le siège de Troye et l’expédition des Argonautes sont les deux grandes époques des temps incertains.

...Cette forme d’explications une fois admise, il ne tiendroit qu’à l’auteur de prouver que nous ne pouvons rien dire, faire et penser qui ne retrace quelque emblème astronomique. Tout s’ajustera dans l’univers à son sisthème, comme on ajuste à toutes sortes de pensées toutes sortes de mots en en faisant des bouts rimés. — Je veux aller à Paris. — D’où partez-vous? — Du nord. — Alors vous représenteres le soleil allant des signes supérieurs aux inférieurs, Osiris allant à la mort, le passage de la lumière aux ténèbres, etc. Et je trouverai tant qu’il me plaira des applications aux corps célestes dans tous les endroits, dans tous les cabarets que nous trouverons sur la route.

Le ciel est grand. On y place tout ce qu’on veut.

C’est un auteur impérieux que ce Mʳ Dupuis, même quand il fait le modeste.

Il est des fables qui absorbent toute l’attention de l’esprit humain et le rendent incapable (quand il en est persuadé) de s’occuper de toute autre chose. Il en est d’autres qui s’allient à tout, qui laissent à l’esprit une liberté commode, qui ne le chargent d’aucun poids, d’aucune gêne, qui se fondent et s’entremêlent aisément avec toutes les opinions ou morales ou physiques que peut donner une solide science. Celles-là sont les meilleures, les autres sont les pires.

Représenter la puissance du soleil par un Hercule, dont la massue, emblème de la force de ses rayons, assomme l’éclat de diverses constellations à qui on donne des figures d’animaux, etc., ce n’est là qu’une monstrueuse invention où tout est déplaisant et démesuré. Le genre humain fit bien quand, de ce soleil emblématique, il fit un homme et, de ses travaux allégoriques, une histoire et des aventures terrestres. Il réduisit ainsi à leurs justes proportions ces inventions énormes, informes. Il changea en un roman agréable (et utile) ce qui n’étoit qu’une fable extravagante. Tout ce qui s’altère dans les traditions ne se corrompt pas pour cela. Au contraire. [...]

4 décembre.

C’est le matérialiste qui est obligé perpétuellement à employer des mots abstraits et à se servir d’êtres abstraits, tels que la Nature, l’Existence, les Causes, les effets, le méchanisme, etc. où les autres disent Dieu, la création, l’auteur, l’ouvrage, la volonté, les loix de Dieu, etc.

Ainsi donc la morale et la logique de l’A[thée] sont, plus que celles du spiritualiste, fondées sur des termes abstraits qui n’expriment rien dont même celui qui s’en sert puisse croire et imaginer l’existence.

Ainsi donc, en tournant contre l’auteur ses propres termes, on peut lui dire que, si le spiritualiste se nourrit d’idées creuses, le raisonneur matérialiste nourrit son esprit de spectres sans traits, sans couleur, sans beauté.

Est-ce d’abord le prêtre qui a donné la religion du peuple ou le peuple qui a adopté la religion du prêtre? C’est une grande question.

Où le sens intime s’arrête, là doit s’arrêter la raison, ou autrement elle se perd dans des raisonnemens dont la régularité la trompe et dont elle ne peut jamais être assurée si la conséquence est ou n’est pas la vérité. Ainsi par exemple le sens intime ne pouvant rien nous apprendre sur la question de scavoir si les astres ont une âme ou n’en ont pas...

Ces opinions qui font du monde un animal ou un grand être animé comme l’homme et intelligent comme nous, ces opinions, dis-je, ne sont pas bonnes, car elles détruisent dans l’homme la reconnoissance que lui inspire l’autre opinion par laquelle on enseigne que le monde est un lieu créé pour lui.

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