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28 août.
Il y a des bavards de paroles. Aristote est bavard de pensées.
Il coupe son pain aux esprits.
30 août.
Aristote. — Ses ouvrages étoient dictés (vid. la fin de la sophistique.) Il inventa et enseigna le premier les règles de l’argumentation (ibid.)
Sa méthode fut surtout d’être assidu et exact à définir, c’est-à-dire à assigner à chaque mot son sens usuel et sa signification précise, méthode dont Socrate avoit le premier entre les philosophes senti la nécessité.
Son mérite est : 1° dans les matières, un scavoir presque universel. Car il sait tout ce qu’on avoit scu avant lui, tout ce qui étoit scu de son temps et enseigna sur toutes les matières quelque nouvelle vérité; 2° dans son esprit, une netteté merveilleuse et une extrême étendue; la multitude de ses connoissances ne causa jamais dans ses idées aucune confusion; 3° dans son style, rien de trop ni de trop peu; l’abbondance et l’épargne, l’agrément et l’austérité, le nud et le vêtu s’y trouvent également. On trouve dans celui de Pline le coloris des tableaux. Il n’y a dans celui d’Aristote que le suc et la couleur des chairs. C’est de la chair véritable sur des os et sur des nerfs sans maigreur et sans embonpoint. C’est le Mercure antique.
Ses défauts sont ce qui n’est pas défaut dans les écrits d’un professeur, un bavardage de pensées nécessaire à ceux qui veulent apprendre à penser à la jeunesse; des répétitions dont un auditeur ne peut pas se passer, mais qu’il auroit épargnées à ses lecteurs s’il n’eût écrit que pour les sages. Il coupe en morceaux sa doctrine comme un pain qu’on donne aux enfans. Le reste appartient à son temps. Il y a pour nous beaucoup d’inutilités dans ses écrits parce qu’il y détruit beaucoup d’erreurs philosophiques que nous n’avons pas. S’il pèche par subtilité, c’est en homme sensé, en homme solide et en ennemi des subtils.
Il s’attacha le premier à la grande distinction entre l’esprit et la matière dans la nature (les premiers philosophes, qui avoient encore des partisans, n’avoient vu dans le monde qu’une force aveugle et phisique. Il le reproche à Empédocle et Démocrite) et [à] la distinction non moins importante des vérités sublimes qu’on entrevoit et des vérités palpables qu’on manie et qu’on peut prouver dans les sciences. Il reconnut la prééminence des premières.
Des deux manières de philosopher, celle par laquelle on scait lui parut préférable à celle par laquelle on prouve, on établit, on détruit. Il vouloit cependant que le philosophe de profession scût connoître, établir, défendre, attaquer et détruire; et le premier il en découvrit et en enseigna l’art.
Son tort fut de vouloir que dans ses livres tout fût doctrinal, c’est-à-dire pût être prouvé, défendu, mis hors d’attaque, ne songeant qu’il y a des vérités, et les plus belles peut-être, qu’on peut seulement faire imaginer.
C’est à quoi Platon par exemple avoit songé. Sa doctrine sur les idées expliquoit à l’esprit la formation du monde et ses rapports avec Dieu. C’étoit assés. Aristote en attaquant comme un point dogmatique ce que Platon n’enseigna que comme un moyen explicatif ne fit pas montre de sagesse et de cette ingénuité de raisonnement qu’il recommande quelque part quand il dit que le philosophe doit philosopher noblement et de bonne foi.
Sa philosophie a suffi pendant quinze cents ans à l’esprit humain et nulle autre ne lui offrira mieux de quoi contenter à la fois sa raison et ses fantaisies, tant l’utile et le curieux, l’inutile et le nécessaire y sont tour à tour agités. Toutes les idées avoient plus ou moins passé par son esprit et les germes de toutes les notions se trouvent plus ou moins développés dans ses ouvrages. On peut dire que ses écrits logiques, phisiques, métaphisiques, politiques, moraux, zoologiques, sont un océan d’intelligence comme on a dit que ceux d’Homère étoient un océan de poésie.
Il faut traiter nos vies comme nous traitons nos écrits, mettre en accord, en harmonie le milieu, la fin et le commencement. Nous avons besoin pour cela d’y faire beaucoup d’effaçures.
L’énergie gâte leur plume (des jeunes gens) comme le haut chant gâte leur voix. Apprendre à ménager sa force, sa voix, son esprit, son talent, c’est là l’utilité de l’art et le seul moyen d’exceller.
Style fort et concis. Il faut finir et non pas commencer par là. Rafiner sur ce qui est subtil, changer le solide en fluide, et le fluide en fumeux : arrêtez-vous à la vapeur, au nuage, etc.
Les enfans et les esprits faibles demandent si le conte est vrai. Les esprits sains examinent s’il est moral, s’il est naïf, s’il se fait croire.
De ces esprits tellement chauds que leurs pensées s’exhalent en fumée et se consument en eux dès le moment qu’elles s’y forment.
12 septembre.
Que ce qui est hors de nous (ce que nous voyons, ce que nous touchons) n’est pas ce qui nous est le mieux connu.
15 septembre.
Vérités. Leur subordination, (ou subbordonnement, subbordonnance). Qu’il y a des vérités qui annulent d’autres vérités ou qui du moins en annulent l’utilité. Qu’il faut toujours examiner si une vérité est dépendante.
Que le nom de vérité ne doit être donné qu’à ce qui regarde les natures, les essences, les existences par excellence; que tous le reste ne mérite que le nom de fait.
Il faut respecter les religions, est une vérité. Telle religion est vraie ou fausse, n’est qu’un fait.
On pourroit soutenir contre le sentiment de Platon que ce qu’on scait le mieux est ce que l’on n’a point appris. (vid. son Alcibiades A.)
Le peuple (n’en déplaise à Platon) enseigne fort bien la justice.
23 septembre.
Les songes de l’amour. Ceux de l’ambition. Les songes de la piété.
— Il nous habille et nous cuirasse en nous donnant l’esprit de fabriquer des armes et de nous faire des habits.