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Quand je la vis ainsi venir les mains pleines d’épis...
Le silence des champs. Comme tout se tait insensiblement à la descente de la nuit. Comme tout paroît alors se recueillir : les hommes et les animaux par un effet du silence universel ; les végétaux et tout ce qui est mobile, parce que le vent tombe aux approches du soir, et que l’air n’a plus alors qu’un souffle très léger pour l’ordinaire.
C’est cette immobilité de toutes choses, et parce que les restes de la lumière sont plus réfléchis à ces tranquiles heures par la terre et les rochers que par les arbres et les plantes, que les colines et les champs paroissent pour ainsi dire lever la terre et s’étoner.
Tristes moissons...
Pourquoi le matin est riant.
Mercredi 4 juillet 1787.
J’ai vu ce jour-là pour la première fois la carte théodosienne appelée de Conrad Peutingerr.
14 juillet 1787.
L’essentiel n’est pas qu’il y ait beaucoup de vérités dans un ouvrage, mais qu’aucune vérité n’y soit blessée.
23 juillet 1787.
Il n’y a pas dans les anciens un seul exemple d’un discours suspendu par un autre que par celui-là même qui parle. C’est à dire qu’on trouve bien chez eux de ces réticences que nous avons regardées comme une beauté, mais aucune de ces interruptions causées par un interlocuteur qui ôte la parole à un interlocuteur précédent ; interruptions que nous désignons par des points.
C’est qu’ils n’avoient pas comme nous cette étourderie et cette vivacité qui nous porte à nous arracher la parole ; chose commune dans nos mœurs, mais inouïe chez eux qui, tranquilles et calmes comme des sauvages, attendoient toujours leur tour avec patience et auroient, pour ainsi dire, cru offenser le dieu de la parole, s’ils n’avoient pas permis à un discours d’arriver à sa fin et de parvenir à sa perfection.
(Au moins dans les discours publics. Car, dans leurs conversations, il étoit possible qu’ils s’interrompissent quelquefois ; et le mot excepit, qu’ils disent quelquefois au lieu du tum ille, semble indiquer une reprise assés vive pour être regardée comme une interruption. Je crois pourtant que ce mot n’exprime qu’une réplique prompte et qui suit de près la fin d’un autre discours. Circonstance remarquable chez eux, où entre un discours et un autre il s’écouloit quelque intervalle. Celui qui répliquoit méditoit quelque temps et se préparoit comme font encore les sauvages. Ainsi les longs vers d’Homère, — tum allocutus est pedibus velox achilles — qui séparent une harangue d’une autre par tout l’intervalle d’un hexamètre, sont une fidèle image de ce qui s’observoit dans leurs assemblées.)
— Vous moissonnerez le bled qu’ils sèment. — Ainsi parle le conquérant.
26 juillet 1787.
Quelquefois les anciens — par exemple, quand ils représentoient un homme qui marche — peignoient mal l’homme. Ils négligeoient l’exactitude et l’élégance du dessin qui représentoit le personnage. Mais alors ils exprimoient du moins exactement son action. Un ou deux traits hardis et caractéristiques en retraçoient parfaitement le genre. Ils faisoient des jambes informes ; mais elles marchoient admirablement et cela peut-être suffit.
16 septembre 1787.
Les châteaux-forts étoient alors ce que sont aujourd’hui les coffre-forts. Quand un seigneur avoit mis ses hommes en sûreté derrière de forts murs, il y avoit enfermé toutes ses richesses.
20 septembre 1787.
... Flatter l’oreille ? Il faut toujours l’émouvoir, mais non pas toujours la flatter.
11 novembre 1787.
... C’est comme une chanson. On se souvient de l’air sans se souvenir des paroles.
Non canimus surdis, respondent omnia sylvae. — Nous avons des échos, ces forêts en sont pleines. (Virgile.) Ce vers est bien une invitation au chant.