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[Musique.]
La mélodie consiste dans une certaine fluidité de sons coulants et doux comme le miel d’où elle a tiré son nom.
L’air périodique ne convient qu’à l’expression des sentimens où l’âme aime à circuler, pour ainsi dire, et dont elle ne peut se séparer qu’après un long détour. Toutes les émotions qu’on n’exprime que pour les exhaler et se rendre soi-même plus calme, n’admettent l’air périodique qu’autant qu’il est court et brisé comme l’air fameux Che faro senza Euridice.
Les plus beaux sons, les plus beaux mots sont absolus et ont entre eux des intervalles naturels qu’il faut observer en les prononçant. Quand on les presse et qu’on les joint, on les rend semblables à ces globules diaphanes qui s’aplatissent sitôt qu’ils se touchent, perdent leur transparence en se collant les uns aux autres et ne forment plus qu’un corps pâteux quand ils sont ainsi réduits en masse.
Chantez sans intervalles Objet de mon amour, prononcez sans intervalles Il étoit jour, etc.
Musique
Certainement tous les effets de la musique sont fondés sur le diastole et le systole divers que les sons font éprouver non au pouls, mais au cœur, au poumon, au cours des humeurs et de la respiration, à l’élèvement et à la rémission qui s’opère invisiblement dans les parties molles et solides de tout le corps, comme elle s’opère sensiblement dans les mouvemens du sein d’une jeune fille. C’est par ce seul moyen que la musique peut exciter en nous des affections ; aussi sa grande puissance réside t’elle surtout dans la mesure. Par la qualité des sons plus ou moins beaux, plus ou moins doux, plus ou moins pleins, elle nous peint une nature plus ou moins belle ; mais c’est par la seule combinaison de ses sons, par leurs différentes successions, leurs différentes durées et terminaisons, qu’elle nous communique plus ou moins les passions qu’elle exprime. On n’a pas encore observé combien la manière dont la vie fait son cours dans l’homme à tous les instans, varie selon les affections morales qu’il éprouve. Dans l’amour heureux, les humeurs, le sang, la respiration, le mouvement, circulent en nous également, pleinement, librement, comme les ondulations du son dans un corps sonore dont la forme est parfaitement ronde, la matière parfaitement homogène et la surface absolument unie et sans aspérités. Dans le regret de l’absence, la respiration (pour ne citer que cette partie de l’homme) est rare, suspendue et traînée à longs intervalles ; dans le chagrin, elle est irrégulière comme le pouls pendant la fièvre ; dans la joye, elle est trop vive et trop fréquente, etc. Les différens sons dont le médium unique est l’air que nous respirons, règlent certainement de différentes manières nos respirations et affectent ainsi toute l’économie animale. Je ne doute pas que si l’on pouvoit intenter un pneumato-mètre qui notât les respirations et les rendit sensibles à l’œil, on n’acquît la démonstration de ces assertions. Je suis sûr qu’on verroit évidemment que nos respirations changent de nature ou d’allure à chaque aspect, à chaque toucher, à chaque regard, à chaque pensée qui varie nos affections. Dans l’homme rêveur et dont le corps est abandoné à ses propres loix et pour ainsi parler à son propre gré, j’ai remarqué que la marche se faisoit uniformément au mouvement naturel du pouls ; chacun de ses pas bat la mesure d’une pulsation ; de même dans l’homme intérieur chaque pulsation bat aussi la mesure de la musique qu’on entend, etc., etc.