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[1786]
L’Angleterre et les Anglais.
— Société royale. On y dit à Fontanes qu’on vivoit un peu plus longtemps en France qu’en Angleterre et que, par les calculs qu’on avoit fait[s], il étoit probable que l’excédent étoit à peu près de onze mois par chaque individu.
Reynolds et West-Bartolozzi.
— Les grands y ont plus d’habits et plus de viandes que le peuple ; mais le peuple s’y nourrit de la même viande et s’y habille de la même étoffe que les grands.
— Ils cherchent à rendre leurs prononciations harmonieuses. C’est un soin que prenent tous les peuples dont la langue est rude. Ils prétendent avoir dans la leur les susurri des latins.
— Ce ministre demanda s’il y avoit quelque chose de grand dans le peuple Est ne aliquid magnam ? ils n’estiment une nation que par le rôle politique qu’elle est capable de jouer.
On auroit pu lui répondre qu’il y avoit dans ce peuple quelque chose d’aimable, de doux, de gay, d’hospitalier, et aussi de fier et de hardi quand la nation avoit la guerre. Je ne scais si cette réponse lui eût donné de nous une opinion assés favorable.
— Pitt est beau comme Solon devoit l’être à trente ans. Dans la chambre des communes on rit beaucoup.
— Lord Pulteney, avare, extrêmement poli.
— Ils disent : « Nous n’avons pas un Buffon ».
Nota : « Toutes vos idées me rient. »
Le chien et les chats. La Fontaine n’y auroit pas fait ses fables. Les chevaux.
Les jeunes filles. La pudeur. Les lits.
L’embonpoint.
Ce peuple est tranquille toutes les fois qu’il n’est pas agité violemment et son caractère lui tient lieu de police. Il est d’une humeur posée et qui donne aux passions le temps de s’amasser lentement et de croître ; aussi ses sentiments sont-ils forts.
— Mrs Sidons.
— Molière ne le[s] fait pas rire. Locke y a peu de sectateurs : « Il a nié les idées innées (disent-ils) et il a bien fait ; mais il a nié aussi les perceptions innées et il a eu tort. »
Poli depuis la dernière guerre. « C’est un peuple aimable », dit-il en parlant des Français. French dog. Racall.
Il n’y a pas dans Londres une seule enseigne dont l’inscription soit française : le peuple ne la souffriroit pas.
Le nègre étendu sur la neige. Pauvresse ayant les mammelles nuës.
On parle aujourd’hui de nos ministres, à Londres, comme leurs créatures en parlent à Versailles dans leur antichambre.
Habits. Boutons. Toutes les manufactures encouragées à la fois. Quiquonque n’est pas bien vêtu y est méprisé ou comme un homme sans conduite ou comme un citoyen inutile à la prospérité de son pays.
Il s’occupe en ce moment-ci de la Norwège.
[1786.]
La pensée se forme dans l’âme comme les nuages se forment dans l’air.
[1786.]
Plus (dit l’abbé Dubos) les fibres d’un cerveau doivent avoir de ressort, plus ces fibres sont en grand nombre, plus il leur faut de temps pour acquérir toutes les qualités dont ils sont capables.
« J’ai demandé à plusieurs musiciens (dit l’abbé Dubos) s’il seroit bien difficile d’inventer des caractères avec lesquels on pût écrire en notes la déclamation en usage sur notre théâtre. Ils m’ont répondu que la chose étoit possible et même qu’on pouvoit écrire la déclamation en notes en se servant de la gamme de notre musique pourvu qu’on ne donnât aux notes que la moitié de l’intonation ordinaire. Par exemple, les notes qui ont un semi-ton d’intonation en montant n’auroient qu’un quart de ton d’intonation dans la déclamation... » etc...
Quand Saint Ambroise composa le chant qui porte son nom, les théâtres étoient encore ouverts. Ils ne furent fermés pour jamais qu’après que Rome eût été prise et saccagée par Attila. Cinquante ans après, saint Grégoire régla le chant qu’on appelle grégorien. Il est d’autant plus probable que ces chants eclésiastiques ressemblent au chant des théâtres que les plus sévères écrivains parmi les Chrétiens avoient décidé qu’on [ne] pouvoit employer ce chant prophane aux louanges de Dieu.
Qu’on juge de l’art chez les anciens par ce fait ci. Sous Auguste le pantomime Bathille exécutoit un monologue qui finissoit par ces mots, Agamemnon le grand.. Bathille pour les exprimer fit tous les gestes d’un homme qui veut mesurer un autre homme plus grand que lui. Pylade lui cria du parterre : « Mon ami, tu fais bien de ton Agamemnon un homme grand, mais tu n’en fais pas un grand homme. » Le peuple voulut que, dans l’instant, Pylade jouât le même rôle. Il le fit. Et lorsqu’il exécuta l’endroit où il avoit repris si hautement son rival, il représenta par son geste et par son attitude la contenance d’un homme plongé dans une profonde méditation, pour exprimer le caractère propre d’un grand homme ; témoignant ainsi qu’un homme plus grand que les autres étoit un homme qui pensoit plus profondément qu’eux. Le peuple applaudit, etc. (Vid. l’abbé Dubos, Tome Iᵉʳ.)
On se plaignoit du temps de Cicéron que les acteurs et les musiciens s’éloignoient de l’antique gravité pour se précipiter dans une hâte et une vivacité folles. Les spectateurs exigeoient encore ceppendant tant de sagesse et de sobriété dans l’expression, qu’ils blâmèrent Pylade de donner à son geste trop de liberté un jour qu’il jouoit Hercule furieux. Il ôta son masque et leur cria : « Foux que vous êtes ! je représente un plus grand fou que vous. »
Nota optime. Les Pythagoriciens avoient des symphonies dont ils se servoient en se couchant pour appaiser les idées tumultueuses que les mouvemens de la journée laissent dans l’imagination... Ils en employoient d’un caractère opposé pour mieux mettre les esprits en mouvement en s’éveillant, et se rendre ainsi plus disposés à l’application. L’abbé Dubos pense que l’air de Lully appelé logistille dans l’opéra de Rolland est du premier genre, et que le premier air dansant du prologue d’Amadis du même musicien est de la seconde espèce (T. Iᵉʳ).
La figure antique que nous appellons l’Antinoüs est aussi appellée le Latin.
Marforio est évidemment un fleuve ; sa contenance couchée, son attitude penchée, son caractère aquatique et lavé, tout le prouve.
Du stile. Une imitation ne doit être composée que d’images. Le poëte fait parler un homme passionné, il doit mettre dans sa bouche des expressions qui ne soient que l’image des mots qu’emploierait un homme réellement passionné. Si le peintre colore quelque objet, il faut de même que les couleurs qu’il emploie ne soient qu’une image des couleurs réelles. Un musicien ne doit employer que des images des sons réels, et non pas les sons réels eux mêmes. Le comédien doit observer la même loi dans le choix de ses tons et de ses gestes. C’est la grande règle, la règle première, la règle unique. Tous les excellens artistes l’ont observée et entrevuë, mais personne ne l’a jamais proposée. Je le fais aujourd’hui avec d’autant plus de confiance qu’elle se prouve par son évidence comme tous les principes qui naissent de l’essence des choses. « La copie de l’objet (dit en parlant de toute imitation l’abbé Dubos) doit exciter en nous une copie de la passion que l’objet y auroit excitée. » Cette expression, tant elle est importante, doit suffire pour rendre le nom de ce scavant homme digne de l’immortalité, etc., etc., etc. ».
Voyés ces deux paysages de Poussin. Le premier fait aimer la solitude : l’autre fait aimer les lieux habités.