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2 septembre (Villeneuve-sur-Yonne.)
L’insecte appelé demoiselle — son corsage menu et long — a l’air d’une paille vivante, quand il vole un peu loin des yeux.
4 septembre.
La pluye qui tombe remonte en vapeur, les vapeurs retombent en pluye. Et de ce cercle éternel de circulation s’entretient éternellement une quantité d’humide qui est toujours égale et la même. Il en est ainssi des autres élémens.
5 septembre.
La dixme des jours...
Jeudi 6 septembre. (Au Clos, jour de tonnerre.)
Si, en regardant les nuées et en rêvant, on veut prendre garde à leur forme, on ne voit rien que de hideux. Si on ne prend garde qu’aux couleurs et aux mouvemens, on ne voit rien que d’agréable. Qui est-ce qui ayant fait cette observation perdra le temps qui lui est donné pour ce plaisir à regarder la figure des nuages au lieu d’en observer les teintes. Considérons les formes où il y a des formes et les couleurs où il y a des couleurs.
Nuages caverneux. C’est en eux que se forme le tonnerre...
Tonnerre éteint... Jette une dernière lueur...
Que les uns s’occupent du corps, les autres de l’âme du monde.
6 septembre au soir.
L’effet moral de ces musiques tant recommandées, étoit de retenir quelques momens l’âme et les sens en harmonie et d’accoutumer les hommes à ce que les sages de l’Inde appellent « le juste milieu ». Effet sans doute admirable et d’une grande utilité. Mais la prière en fait autant; et elle est à notre portée, en notre disposition dans tous les lieux, dans tous les temps. Que vous dire? Elle se mêle à toutes les occupations, même à tous les amusemens, sans rendre le plaisir moins vif ni le travail plus rallenti.
7 septembre.
Pour la note sur Aristote.
C’est entre le robuste et le penseur un contrat qui se passe à leur propre insçu. — La domesticité à vie, un esclavage consenti; et non seulement consenti, mais débattu et stipulé. — Il faut que le magistrat examine d’abord s’il y a infériorité et supériorité de nature et de destinée, ou si par la fortune l’un a le pouvoir de donner et l’autre le besoin de recevoir; enfin si l’intérêt immuable de celui qui veut obéir dépend de celui qui veut commander. — Esclave personnel, esclave héréditaire; sa naissance le veut de l’un, sa nature le veut de l’autre. — Faire en sorte que l’intelligence gouverne.
… septembre.
Il seroit singulier qu’en effet le stile ne fût beau que lorsqu’il a quelque obscurité, c’est à dire quelques nuages; et peut-être cela est vrai, lorsque cette obscurité lui vient de son excellence même, du choix des mots qui ne sont pas communs, du choix des tours qui ne sont pas vulgaires. Ce qui est sûr c’est que ce qui est beau a toujours à la fois quelque beauté visible et quelque beauté cachée. Ce qui est sûr encore c’est que ce qui est beau n’a jamais autant de charme pour nous que lorsque nous le lisons attentivement dans une langue que nous n’entendons qu’à demi.
Oui, Seigneur, vous étendez vous-même votre main pour aplanir le lit du juste, vous retournez son matelas.
S’il est sur son lit de douleur, que le ciel étende sous lui le linceul du soulagement; qu’il amolisse sous ses os le coton, la plume et la laine.
Seigneur, vous-même ne dédaignez pas de soigner le juste malade; vous-même aplanissez son lit, vous retournez son matelas.
Heureux celui...
Que béni soit celui qui écoute le pauvre et l’infortuné; quand il viendra des jours mauvais, que le Tout puissant l’en préserve; qu’il le conserve et lui accorde de longs jours; qu’il le rende heureux sur la terre et le sauve des malveillants; que, s’il est infirme et souffrant, il lui rende sa couche molle, et que Dieu retourne son lit.
10 septembre.
...Plaisir d’être apperçu de loin.
11 septembre, en face d’un hameau.
Celui qui meurt dans son labour et celui qui meurt au combat sont peu regrettés. Leurs amis les enterrent et serrent les rangs. Occupés à remplir les vides, ils n’ont pas le loisir de songer à l’absent.
12 septembre.
Siècle où le corps est devenu subtil, l’esprit est devenu grossier.
On ne remplit l’un que de sucs, d’eaux chaudes, de vapeurs, de légèretés. On n’occupe l’autre que de matière, que d’animaux, de minéraux, de configurations et de pesanteurs. Aussi les corps, ne recevant qu’une nourriture trop déliée et les esprits ne s’occupant que d’objets trop réels et trop durs, se sont également dépravés.
Ils ont l’esprit terrestre avec des corps aériens.
L’occupation de regarder couler le temps.