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3 juin.
Des immortels. Là tout sera purifié par le repentir ou rendu plus parfait par l’admiration.
De ceux qui, incapables de ressentir ces jouissances, ou ces privations, n’auront ni ces biens ni ces maux en partage.
Voyez ce que fait la justice humaine. Elle détruit ce qui ne peut pas être amendé et n’inflige que de la honte à ceux que la honte peut corriger.
4 juin.
Il disoit : — Gardez-vous de traiter comme contesté ce qui doit être regardé comme incontestable. Ne rendez pas justiciable du raisonnement ce qui est du ressort du sens intime; exposez et ne prouvez pas les vérités de sentiment.
Il disoit encore : — Il y a du danger dans les preuves. En argumentant, il est nécessaire de supposer problématique ce qui est en question. Ce qu’on s’accoutume à supposer problématique finit par paroître douteux.
Toutes les preuves possibles d’un fait réel sont moins certaines que le fait. Il disoit enfin : — Dans ce qui est visible et palpable, ne prouvez jamais ce qui est cru. Dans ce qui est certain et caché par sa grandeur et sa nature, faites croire et ne prouvez pas. Dans ce qui est pratique et devoir, ordonnez et n’expliquez pas. Crains Dieu a rendu des hommes pieux. Les preuves de l’existence de Dieu ont fait beaucoup d’hommes athées.
Tout plaidailleur rend chicaneur, et on passe presque toujours du désir de contredire le docteur au désir de contredire la doctrine. Les armes avec lesquelles (l’audace avec laquelle) on deffend la vérité excite une audace contraire. Les bravades de ses champions lui ont fait beaucoup d’ennemis. Les défis font naître l’attaque. Parez-la et ne l’armez pas : on lui faira bien moins la guerre.
La conviction est pour l’esprit une espèce de gehenne dont il se tire par l’aveu. Dupe de sa propre douleur, il y échappe en croyant ce qu’il ne croit pas. L’art de convaincre (dont j’ai vu des hommes si fiers) employé sur les hommes simples n’est pas plus merveilleux que celui de serrer les pouces à un enfant. Avec un habile, ce n’est que l’art du rétiaire entre les gladiateurs. Dans la pratique journalière, quand on en use avec empire, avec orgueil et tout de bon, c’est-à-dire en contraignant les autres à y conformer leurs actions, leurs goûts, leurs discours et leur vie, c’est un véritable art de bourreau, l’art de Bronte le questionnaire.
20 juin.
Il n’y a de beaux ouvrages que ceux qui ont été longtemps (sinon travaillés, au moins) rêvés.
26 juin.
Cacher ses yeux pour faire croire qu’on cache ses larmes.
Les hommes irrités l’un contre l’autre mettent entre eux le temps ou l’espace. L’espace s’ils peuvent se fuir et le temps (s’ils habitent le même lieu) en ne songeant pas l’un à l’autre, en s’oubliant, en laissant s’écouler des heures sans être occupés l’un de l’autre.
19 juin.
La vérité. Ils la font consister à ne rien dire qu’ils ne puissent prouver. Le plus grand bonheur qu’ils y trouvent est d’être en pouvoir d’avancer des assertions incontestables. Ils l’aiment et la considèrent comme une prééminence, une prérogative, un pouvoir, une dignité, etc. un affranchissement d’erreur.
La vérité n’est pas cela. La vérité consiste à avoir, sur quoi que ce soit, une opinion semblable à la pensée de Dieu même. Le bonheur qu’elle nous procure est d’être semblables en ce point à Dieu lui-même. Elle nous donne du plaisir par la clarté douce et diffuse dont elle pénètre intimement toutes nos facultés. Au sentiment de la clarté qu’elle nous donne se joint celui d’une chaleur dont toute l’âme est secrètement et délicieusement et paisiblement remuée. C’est là son caractère. La certitude même ne l’a point.
Nota. Si la vérité consiste à avoir de quoi que ce soit une opinion semblable à la pensée de Dieu même (c’est-à-dire à la pensée que Dieu lui-même a de cette chose), il s’ensuit... etc.
22 juin.
Ces récits coupés et rapides. En m’entraînant, ils me cahottent.
Les hommes nés aimans et en qui aucun amour ne peut naître ou subsister que par l’admiration portent un cœur qui ne peut être entièrement occupé que par Dieu même. Ils sont nés pour la dévotion.
Les écrivains qui ont de l’influence ne sont que des hommes qui expriment parfaitement ce que les autres pensent et qui réveillent dans les esprits des idées ou des sentimens qui tendoient à éclore.
Samedi 5 mai.
Eléphan. Reste de matière. Râclure de la pâte au pain. Pour employer tout, on en fait une masse, un gros tourteau.
Chevaux. Entre deux chevaux attelés au même char, il en est toujours un plus foible ou plus doux qui cède aux mouvements de l’autre, y condescend, y correspond, les seconde et les suit. Sans cela point de bon attelage.
1ᵉʳ juin.
Là nous aurons tous le même scavoir ou les mêmes ignorances. Et par conséquent rien ne pourra nous désunir. Aucune diversité de sentimens ou d’opinions n’engendrera les différences, les disputes, les dissentions. Vous savez ce qu’a dit Platon.
27 juin.
L’illusion. Dieu la créa et la plaça entre les grains, les fruits, les chairs et le palais de la bouche et il en naquit les saveurs; entre les fleurs et l’odorat et il en naquit les parfums; entre l’ouïe et les sons et il en naquit l’harmonie, la mélodie, etc., entre les yeux et les objets, et il en naquit les couleurs, la perspective et la beauté.
Elle est un peu de la nature qui s’amuse à nous donner quelque plaisir par quelque évaporation.
Elle diffère de l’erreur. Si je vois des couleurs sans voir aucun objet, comme dans les airs par exemple, je suis dans l’erreur. Dans le cas contraire je suis dans l’illusion et la vérité.
Toute illusion est produite par quelque émanation et est l’effet d’un nuage, d’une vapeur, de l’intervention d’un fluide. Si l’organe est vicié, si l’objet est mal disposé ou altéré dans ses parties constitutives, il n’y a point d’illusion. Une des deux parties manque alors de fournir l’enjeu, et le jeu de l’illusion ne peut plus s’opérer.
Illusions. Elles ne peuvent donc être produites que par ces effluvions, ces écoulemens invisibles, ces subtiles émanations qui entretiennent des courans perpétuels entre les êtres différens. Ils ne peuvent donc donner et recevoir des sensations agréables, s’il ne se fait quelque part quelque déperdition de substance. Ainsi à la condition de changer et de dépérir est attaché le bien d’inspirer et de ressentir le plaisir.